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Si aujourd'hui tout le monde sait ce qu'est une poubelle, Eugène, lui, a été oublié |
Par Jean-Marc Daniel
Tous les spécialistes de la langue ont fait de “poubelle” l’exemple typique de l’antonomase. Cette gloire est née un 24 novembre, celui de 1883. Ce jour-là, le préfet de la Seine, Eugène Poubelle, publie un arrêté concernant la collecte des déchets à Paris.
Aujourd’hui, Eugène Poubelle n’est pratiquement connu que pour cet arrêté. Pourtant, il a eu une vie professionnelle riche et diverse. Il est né à Caen en 1831. Après son doctorat en droit, il entame une carrière universitaire sous le Second Empire. Il est un opposant modéré et discret à Napoléon III, ce qui le rapproche d’Adolphe Thiers. Après la chute du régime impérial, Thiers, devenu l’homme fort de la toute jeune IIIe République (voir notre chronique sur le 4 septembre), le nomme préfet.
Commence alors pour lui une deuxième carrière. En 1883, il devient préfet de la Seine, accédant ainsi à l’un des plus hauts postes de la préfectorale. Depuis la Commune de 1871, ce poste comporte, entre autres, les attributions de maire de Paris. Une des obsessions du nouveau préfet est la propreté de la ville, alors que les rats y pullulent et que le choléra y reste une menace. Son arrêté du 24 novembre 1883 organise la collecte des ordures ménagères. Il impose que chaque immeuble se dote de boîtes normalisées de 80 à 120 litres où ces ordures seront déposées. Il organise en outre le tri sélectif puisque ces boîtes sont de trois types, en fonction de la nature des ordures : une pour les matières putrescibles, une pour les papiers et les chiffons et une dernière pour le verre, la faïence et les coquilles d'huîtres.
Résistance des concierges et des chiffonniers
L’opération se met difficilement en place. Les concierges, qui voient dans la gestion de ces boîtes un surcroît de travail, traînent des pieds. Les chiffonniers protestent contre une mesure qui les prive de leur matière première et les condamne à la disparition. Les boîtes sont cassées, jetées dans la Seine. Rapidement la presse se met à appeler ces boîtes plus ou moins acceptées des “poubelles”. En 1890, les auteurs de dictionnaires valident ce nom. Sur le terrain, Poubelle ne recule pas. En 1892, une nouvelle épidémie de choléra légitime son action en faveur de l’hygiène publique. En 1946, l’usage des poubelles est rendu obligatoire sur l’ensemble du territoire.IN LENOUVELECONOMISTE.FR
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