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mercredi 13 juillet 2016

Électricité et gaz : la nécessaire vérité des prix

Les tarifs de l’électricité et du gaz constituent, depuis les augmentations de janvier 2016, un sujet plus qu’animé, parfois même d’inquiétude des ménages, sachant que de plus en plus nombreux sont, aujourd’hui, ceux qui sont conscients que cette hausse intervenue après plus de quinze années est loin d’être la dernière. Durant de très longues années, des décennies, le discours officiel a martelé et inculqué chez le citoyen l’idée que celui-ci paye son électricité et son gaz le moins cher au monde. Le résultat est qu’aujourd’hui, ce même citoyen peut difficilement concevoir que l’Algérie dotée de ressources énergétiques colossales ne peut voir ces énergies augmenter. L’enjeu, pour l’heure, est de revenir sur toutes les impasses faites dans ce discours et d’expliquer qu’il devra s’attendre à d’autres augmentations. De le convaincre, aussi, qu’il peut lui-même agir sur la réduction de sa facture et conséquemment sur celle de la communauté nationale. C’est toute la difficulté de la démarche mais dont on ne peut faire l’économie.
L’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie, Apprue, annonçait en février 2016 à l’APS que les foyers algériens «consomment presque dix fois plus d’électricité par rapport aux normes internationales et deux fois plus que la moyenne des pays maghrébins.»
Durant de longues années, cette donne était brandie comme une performance, comme un progrès dans le modernisme, une preuve d’augmentation de niveau et de qualité de vie. Pas tout à fait juste, cependant. Lorsque l’on sait que le prix réel de l’électricité dans notre pays est de 10,5 dinars le kW/h et qu’avec la subvention de l’Etat le consommateur ne paye que 4 dinars le kW/h (chiffres donnés par l’ancien P-dg de Sonelgaz), l’on comprend que le consommateur est loin de payer le prix de revient et que cette situation a certainement, contribué, pour beaucoup, à favoriser la consommation inconsidérée et le gaspillage dans les pratiques quotidiennes des foyers. Au-delà, depuis une quinzaine d’années, le marché algérien a été inondé d’appareils énergivores, climatiseurs et autres équipements électriques à forte consommation énergétique, vendus à bas prix, et qui plus est importés sans aucune exigence de sécurité. Cette situation des plus préjudiciables a conforté des habitudes difficiles à extraire dans les foyers. Et pourtant, de nombreux acteurs du secteur de l’énergie n’ont cessé d’alerter les autorités pour mettre fin à ces importations, mais sans succès. Déjà, dans le début des années 1990, des tentatives – secteur de l’énergie, commerce — de création de laboratoires spécialisés de contrôle des matériels importés ont échoué et l’on continue encore à essayer de relancer ce projet. Dans les foyers algériens aujourd’hui, peu se soucient, nous dit-on, du prix de l’énergie consommée.
«Nous sommes producteurs de gaz et notre électricité est essentiellement produite à partir du gaz, alors pourquoi augmenter les prix», s’interrogent certains qui préconisent même, et pourquoi pas, la gratuité. De telles réflexions, de plus en plus rares toutefois, n’étonnent guère. L’on a peu expliqué aux citoyens que l’électricité disponible chez soi exige qu’en amont, on explore le gaz, on le traite, on construit des centrales et l’on construit encore des réseaux de transport et de distribution et que cet ensemble nécessite des investissements très lourds, de plus en plus conséquents et donc un coût de production très élevé, loin de traduire les tarifs appliqués aux consommateurs.
Avec une consommation qui évolue d’une façon conséquente (de 15,2% entre juillet 2014 et juillet 2015) l’opérateur Sonelgaz devra investir lourdement : 23 milliards de dollars investis depuis 2011 et 41 milliards d’ici 2026. Il faudra trouver le financement en recourant, selon toute vraisemblance, à l’emprunt étranger.
Les subventions de l’Etat, eu égard à la perte pour plus de 50% des recettes d’hydrocarbures et eu égard à l’absence de dynamique de remplacement par l’exportation d’autres produits, vont conduire immanquablement l’Etat à faire que ces prix se rapprochent de plus en plus de la réalité des coûts de production. Cela ira en touchant, y compris les prix subventionnés encore pour les ménages à faible consommation pour arriver à faire payer sinon le juste prix, au moins des prix subventionnés pour les seuls ménages sans revenus ou les plus démunis. Une augmentation des prix incitera naturellement le citoyen à diminuer le gaspillage et l’abus. Ce sera bien sûr une mesure peu populaire, mais qu’il faudra avoir le courage politique de mener en l’accompagnant toutefois par un discours qui rompt avec les précédents : dire aux citoyens que l’électricité et le gaz qui lui sont fournis ont un coût ; lui expliquer que plus il consomme immodérément, plus sa facture augmente et plus la collectivité nationale paye l’investissement nécessaire, souvent pour un laps de temps d’utilisation très court (pointe de consommation). Lui dire aussi que sans modification de son comportement, ce n’est sûrement pas la substitution du thermique gaz par l’énergie solaire qui fera baisser sa facture, car, comme pour l’électricité produite à partir du gaz, l’énergie solaire ou autre énergie nouvelle a un coût, élevé pour l’instant, et dont la technologie est loin d’être totalement maîtrisée.
En définitive, il suffira que l’on accepte, enfin, d’expliquer aux citoyens comme aux commerçants et aux industriels vers quel modèle énergétique allons-nous, pourquoi et comment peuvent-ils y contribuer.
Khedidja Baba-Ahmed IN  LSA