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jeudi 19 mai 2016

La mémoire enfouie... Fatima Zohra Dridi. Ancienne Moudjahida et sportive

A 19 ans à peine, elle sera la première femme à brandir à Skikda l’emblème national, lors des manifestations spontanément déclenchée en soutien des manifestations du 11 Décembre 1960 de Belcourt. Fatima-Zohra Dridi, c’est d’elle qu’il s’agit, qui avait à ses côtés et en première ligne du cortège Fella Oudjani et Mouloud Belhadj (dit Derder), venait de braver l’interdit et le risque et prouver le militantisme et la cause nationale qu’elle avait dans le sang.
Issue d’une famille de sportifs et ainée de quatre frères et trois sœurs, dont le père n’était autre que Belkacem Dridi dit « Chéri », membre fondateur et numéro 10 de l’ASA M’lila et de l’Etoile sportive Philippeville (Skikda) des années 1950, Fatima-Zohra Dridi, était jeune, belle rayonnante et était à peine sortie de son adolescence, lorsqu’avec dévouement et esprit de sacrifice, elle décida de prendre part à la plus glorieuse des causes et des révolutions. Avec un courage exceptionnel et un goût prononcé de la liberté, elle adhère au FLN et rejoint les rangs des moudjahidine, chez qui elle force le respect et l’admiration. Activant clandestinement comme agent de collecte et de renseignements sous la responsabilité de Mohamed Boukhdenna, elle ne baissera jamais les bras et fera face avec une certaine bravoure à tous les dangers aux côtés de Rabah Djeffal, comme responsable dès le lendemain de la souveraineté nationale. Femme de caractère et de conviction, elle était en avance sur son temps, son émancipation et son franc parler lui ont valu beaucoup d’inimitié de la part de la communauté Pieds-noirs. D’une grande culture (arabe et Française), titulaire du baccalauréat au Lycée Emile-Maupas (aujourd’hui Ennahda) avec brio, Fatima-Zohra Dridi commencera sa carrière de la jeunesse et des sports à Skikda que dirige une figure de proue du mouvement sportif national, l’ancien DTN de football à la FAF, Youcef El Kenz. Animée d’un mental d’acier et n’éprouvant pas la moindre usure, elle poursuivra sa carrière professionnelle à Alger et plus précisément à la SN Répal, qui deviendra Sonatrach. Recrutée en tant que cadre supérieur, elle travaillera aux côtés d’illustres personnalités telles que Slimane Amirat et Ahmed Ghozali pour ne citer que ceux-là. Avec ses grandes compétences et son esprit vif, Fatima-Zohra Dridi communique positivement son engagement professionnel et son dynamisme à ses collègues qui le lui rendent bien. Mariée à Hadj Zennadi, ex-DG de la DNC, ERCA et autre OMRC, et par obligation familiale, elle mettra une terme à sa carrière professionnelle en 1971. Egalement sportive dans le sang, Fatima-Zohra Dridi, était une basketteuse de talent et d’une grande classe. Elle évoluera au sien du Sporting Club Philippeville devenu Widad Athlétique de Philippeville, avec lequel elle décrochera en 1963 en tant que capitaine d’équipe le premier titre de champion d’Algérie dans la discipline. Elle prendra part au tournoi international de Dakkar avec le Widad en tant que représentant de l’Algérie. C’est à l’USM Alger où elle deviendra entraineur joueuse qu’elle mettra définitivement fin sa carrière de basketteuse, fin des années 1960, non sans donner le meilleur d’elle-même et transférer sa ferveur à ses joueuses. Ayant plusieurs cordes à son arc, elle sera la première Algérienne à traverser à la nage la rade de Skikda, du phare rouge au phare vert aux côtés des frères Sid, Siafa…. Une fois l’indépendance acquise, elle se mettra également au théâtre, où elle étalera là aussi un réel talent de comédienne. Longtemps malade et digne dans la douleur, Fatima-Zohra Dridi décédera à Alger en octobre 1992. Elle avait tout juste 51 ans, laissant derrière elle quatre enfants et un vide incommensurable. En somme, la regrettée Fatima-Zohra Dridi fut une femme exceptionnelle de l’avis de tous ceux qui l’ont connue. C’était la mère, la sœur, la conseillère, c’était l’asile le plus sûr pour ceux qui se tournaient vers elle qui pour un conseil ou dans le besoin. Son nom mérite d’être mieux connu et conservé.
Samir D. IN memoria.dz