APS - ALGÉRIE

mercredi 27 mars 2019

«La dynamique du 22 février permet de croire en une Algérie positive»

Selon Janssen (2013), «l’idée n’est pasde nous culpabiliser en montrant à quel
point nous sommes les victimes de nos
vies stressantes. Il s’agit simplement
de nous rappeler notre responsabilité,
c’est-à-dire notre capacité à répondre
aux contraintes et aux frustrations en
exprimant le meilleur de nous-mêmes.
Nous avons beaucoup plus de ressources
que nous l’imaginons. Et il est temps de
revaloriser ce potentiel positif».


La psychologie positive s’intéresse aux conditions du bien-être, du bonheur, de la force intérieure, de la sagesse, de la créativité et de l’imagination. Son objectif n’est pas de promouvoir le plaisir égoïste et narcissique d’un individu, mais de montrer scientifiquement comment une société toute entière peut vivre heureuse (Boniwell, 2013).
L’Algérie vit depuis le 22 février 2019 une véritable révolte populaire, exprimée par une série de grèves, de marches et de manifestations spectaculaires. Mais ce qui a suscité l’étonnement et l’admiration de l’opinion nationale et internationale, c’est le cachet pacifique d’un mouvement populaire de cette ampleur.

En réponse à des années de refoulement de sentiments négatifs – peur, anxiété, pessimisme, désespoir, injustice et perte de confiance en tout ce qui symbolise les dirigeants en charge des affaires de l’Etat –, le peuple algérien s’est comporté, massivement, d’une manière positive, en veillant à l’aspect pacifique des marches et des manifestations et en scandant des slogans véhiculant l’unité nationale, la solidarité, la fraternité entre toutes les composantes de la société et la nécessité de préserver l’Algérie.
Les Algériens sont-ils en plein processus de ce qu’il est convenu d’appeler en psychologie positive «le défi positif» ?
Selon Janssen (2013), «l’idée n’est pas de nous culpabiliser en montrant à quel point nous sommes les victimes de nos vies stressantes. Il s’agit simplement de nous rappeler notre responsabilité, c’est-à-dire notre capacité à répondre aux contraintes et aux frustrations en exprimant le meilleur de nous-mêmes. Nous avons beaucoup plus de ressources que nous l’imaginons. Et il est temps de revaloriser ce potentiel positif».
Un autre fait marquant lors de cette imposante dynamique populaire est l’attachement profond du peuple algérien à l’emblème national comme symbole de l’unité nationale et d’appartenance à la patrie.
Cependant, certaines questions méritent d’être posées :
– Assistons-nous à la renaissance du «caractère social algérien» après tant d’années d’hibernation ?
– D’où puise le peuple algérien cette force intérieure, cette sagesse, cette créativité, cette imagination, cette joie et cette bonne humeur, constatées lors de toutes les marches depuis le 22 février 2019 ?
– Pourquoi ce sont les mêmes slogans qui sont portés, haut et fort, par tout le peuple algérien ?
Quelques éléments de réponse peuvent être puisés dans la littérature scientifique dans ce domaine, tout en sollicitant les universitaires algériens à se pencher, sur ce mouvement populaire inédit, par des approches pluridisciplinaires, dans leurs travaux académiques et de recherche.
Afin d’assurer le bon fonctionnement d’une société donnée, ses membres doivent acquérir un type de caractère qui leur fasse vouloir agir exactement comme ils doivent agir en tant que membres de cette société. Pour obtenir que les membres de la société désirent faire objectivement ce qu’il est nécessaire qu’ils fassent, les diverses sources d’influence doivent être intériorisées dès l’enfance, afin que la pression extérieure se trouve progressivement remplacée par la contrainte intérieure et par cette énergie particulière qui est canalisée dans les traits du caractère (Riesman, 1964).
Comme dans une même société les individus affrontent les mêmes dangers ou frustrations, ils vont avoir des systèmes de sécurité semblables, ce qui contribuera à façonner la personnalité de base des individus de la culture en question. Le système de sécurité peut trouver des expressions au niveau social (Mucchielli, 1980).
Les caractères sociaux ne se succèdent pas strictement, mais se cumulent parfois sur de longues périodes. Par caractère social, il ne faut pas entendre le caractère en tant que tel d’un élément qui caractériserait une personnalité, mais une structuration des façons d’être, de se construire, de se socialiser, conditionnée par les facteurs sociaux et historiques. Loin de caractériser un individu, le caractère social est la partie commune à un groupe (Jonas, 2003).
Si nous tentons d’expliquer cette énergie particulière mobilisée récemment par les Algériens, par la théorie du caractère social de David Riesman, nous dirions que les jeunes Algériens d’aujourd’hui portent dans leurs patrimoines génétiques les gènes révolutionnaires de nos héros de Novembre 1954 et qu’il y a eu transmission de l’héritage social et historique.
Un autre élément qui nous permet de parler de l’éveil du «caractère social algérien» est le besoin d’appartenance à la patrie et à un destin national commun.
Les sentiments d’appartenance constituent des aspects (collectifs) de l’identité et donc du sentiment de soi. Selon le sociologue Guy Rocher (1968), appartenir à une collectivité, c’est partager avec les autres membres assez d’idées ou de traits communs pour se reconnaître dans le «nous» (Mucchielli, 1986).
Des slogans comme : «Pacifique, pacifique», «Djeich-Chaâb Khaoua Khaoua (L’Armée et le peuple sont frères)», «Ils me disent que je suis arabe, kabyle, chaoui, mozabite, targui. Je leur réponds : je suis algérien», Le récit de chants patriotiques : ‘‘hymne national, Min Djibalina, Ya Biladi’’, etc., sont un échantillon des messages transmis par le peuple algérien. Ils décrivent les représentations sociales exprimées par un discours et une rhétorique lors de ce sursaut populaire.
Les représentations sociales sont des blocs organisés d’idées, de croyances et d’attitudes qui fonctionnent comme des dogmes du quotidien et qui semblent servir de principe de différenciation et de démarcation des groupes (Morin, 1984).
Les représentations sociales contribuent à la formation de l’identité du groupe, dans la mesure où des personnes qui partagent les mêmes conceptions du monde ont le sentiment d’appartenir au même groupe. Elles renforcent la cohésion du groupe en facilitant la communication en son sein. Enfin, elles servent à la rhétorique que le groupe utilise pour maintenir sa cohésion (Lassare, Roland-Lévy, 2011).
Il y a lieu de souligner, également, l’impact des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) et des réseaux sociaux comme outil de communication efficace, de coordination, de synchronisation et de rassemblement des algériens autour d’une cause commune.
L’émergence d’une nouvelle économie informationnelle et globale, l’extraordinaire développement de la flexibilité ou de la mobilité qu’offrent les technologies nouvelles. La personnalité contemporaine qui aurait pour caractéristique première l’effacement d’une structuration par l’appartenance. La constitution de ce nouveau caractère social correspond ainsi à la genèse d’un monde nouveau. Ses fondements sont : l’application conjointe d’une nouvelle structuration du social (la société en réseaux), d’une nouvelle économie mondialisée et informationnalisée, ainsi que d’une nouvelle culture (Jonas, 2003).
Martin Seligman (2014), l’un des pionniers de la psychologie positive, distingue trois niveaux de bonheur : la bonne vie, la vie engagée et la vie significative.
La vie significative, le plus haut niveau de bonheur, est basée sur le don de soi où l’individu connaît ses forces et les met au service d’une cause plus grande que lui-même. Le sentiment d’accomplissement est alors profond et durable.
Les jeunes Algériens nous ont donné une leçon en termes de transcendance de soi au service d’une cause commune et plus grande : le bien-être de l’Algérie.
La dynamique sociale enclenchée depuis le 22 février 2019, avec tout son cortège de comportements positifs, augure d’une nouvelle ère pour notre pays et elle nous permet de croire à une : «Algérie positive».
Par ailleurs, lors de la 7e rencontre internationale de psychiatrie, ayant eu pour thème «La psychiatrie aux confluences de la chronicité, de la comorbidité et du facteur de personnalité», organisée conjointement par l’Amicale des psychiatres de Béjaïa et l’université de Béjaïa les 20 et 21 avril 2018, j’ai eu à intervenir par une communication intitulée «La psychologie positive : un nouveau modèle de compréhension du fonctionnement humain».
L’essentiel de ma communication avait porté sur la psychologie positive, une nouvelle discipline née au début des années 2000 aux États-Unis et qui appartient au courant de la psychologie humaniste (Carl Rogers, Abraham Maslow, Irvin Yalom, etc.).

Par Abderrezak Iddir ,  Docteur en psychologie (Université
Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou) IN elwatan.com


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