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dimanche 5 juin 2016

Un point de vue palestinien sur la polémique sur l’antisémitisme

Kamel Hawwash
En réaction à un article du 20 avril de Jonathan Freedland, éditorialiste au Guardian, intitulé : My plea to the left (Mon plaidoyer à la gauche), dans le cadre de la polémique sur l’antisémitisme qui sévirait au sein du Parti Travailliste, le professeur Kamel Hawwash a écrit la lettre suivante parue dans le Guardian le 2 mai.
Jonathan Freedland (My plea to the left, 30 April) nous demande d’imaginer l’hypothèse selon laquelle un pays lointain eût été créé pour les noirs et demande si la gauche traiterait ce pays comme elle traite Israël. En tant que Palestinien, je veux lui dire que si, au lieu que ce soit pour les juifs, un pays avait été créé sur notre patrie sans notre consentement, pour les noirs ou pour tout autre groupe, en tant que Palestiniens nous aurions protesté et résisté avec la même vigueur.

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Lord Balfour, qui en 1917 promit le soutien du gouvernement britannique à ‘l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif’ - Photo : Hulton Getty
Si ce pays continuait à défier le droit international et à nous occuper, nous coloniser et nous assassiner et à rendre notre vie si misérable qu’il nous faille partir, nous appellerions au boycott comme nous le faisons dans le cas précis de l’occupant réel, Israël.
Et si l’occupation s’était prolongée aussi longtemps que celle d’Israël, nous aurions fait appel aux défenseurs des droits de l’homme pour qu’ils nous aident à mettre fin à cette occupation, à obtenir un traitement égalitaire pour les citoyens palestiniens de cet état et permettre aux réfugiés palestiniens de rentrer chez eux.
Il se trouve que ce qui vient d’être énoncé, ce sont les revendications légitimes du mouvement BDS lancé par les organisations de la société civile palestinienne en 2005.
Par ailleurs, si Israël avait été créé, disons, en Ouganda et non en Palestine, M. Freedland, ou tout autre partisan d’Israël, pense-t-il que les Palestiniens auraient créé le Fatah ou le Hamas et les auraient envoyés en Ouganda pour attaquer les citoyens juifs de cet état ?
Et même plus près de chez nous, M. Balfour avait plus le droit de promettre le Pays de Galles aux sionistes que la Palestine – avec toutes mes excuses au peuple gallois. S’il l’avait fait et si Israël avait été créé au Pays de Galles, si Cardiff avait été occupée et proclamée la capitale unie d’Israël, et si Swansea avait été placée en état de siège pendant dix ans parce qu’elle réagissait à l’occupation illégale d’Israël, les Gallois auraient-ils simplement accepté cet état de fait et se seraient-ils comportés en peuple occupé modèle ?
Je rappelle à tous ceux que la paix en Palestine historique intéresse, que nous Palestiniens n’avons pas choisi nos occupants. Ils ont choisi la Palestine sachant fort bien que ce n’était pas une terre inoccupée mais que cette terre était habitée par un peuple, le mien, les Palestiniens qui en ont fait les frais, payant de leur terre, de leur vie, de leurs droits.
A l’approche du 68ième anniversaire de notre catastrophe ou Nakba, il faut que nos occupants reconnaissent le tort qu’il nous ont fait, qu’ils s’excusent et s’engagent dans un processus de réconciliation véritable, qui peut nécessiter des dispositions politiques très différentes dans la Palestine historique. Au lieu de cela, ils s’activent à amalgamer antisémitisme et antisionisme, croyant que cela mettra fin aux appels pour qu’Israël retrouve ses esprits.
Les partisans d’Israël qui font ceci œuvrent réellement pour protéger ses politiques illégales et pour repousser le jour où il cessera finalement de se placer au-dessus des lois et agira dans le cadre de la loi.

* Le Professeur Kamel Hawwash est un universitaire Palestinien et Britannique travaillant à l’Université de Birmingham. Il est analyste sur les questions du Moyen-Orient et vice-président de la Campagne Solidarité Palestine. Il écrit ici à titre personnel. Il blogue sur http://www.kamelhawwash.com.
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