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dimanche 27 mars 2016

RÉCENTES RÉVÉLATIONS DE JOHN F. KENNEDY JR Intrigues de la CIA, pétrole et combines avec les monarchies du Golfe

Pourquoi les Arabes ne veulent pas de nous en Syrie ? Robert F. Kennedy, Jr, fils de Bob Kennedy et neveu du Président John F. Kennedy, se pose cette question et y répond dans un article que cet avocat a publié en février 2016 dans le magazine américain Politico. Il y démonte la machine infernale de la CIA, ses connivences avec les monarques du Golfe et les raisons des interventions US dans la région. Mainmise sur le pétrole et projets machiavéliques d’accaparement de cette ressource aux pays qui ne se soumettent pas à son diktat. 

L’implication de la CIA pour ces seules raisons ne date pas d’aujourd’hui. Elle a été, jusque-là, une constante, cachée aux citoyens américains et justifiée par des raisons fallacieuses. Article extrêmement bien documenté et qui remonte aux premières années d’exercice de cette agence américaine des renseignements. Seul regret, toutefois, le discours de John F. Kennedy Jr pêche, parfois, sûrement inconsciemment, par ce qu’il dénonce : la propension à considérer que l’Amérique a quelque peu perdu ce qu’elle aurait eu, son «autorité morale» et le leadership international» : question de culture profondément ancrée, sans aucun doute, même si la volonté de l’auteur de sortir de ce schéma est manifeste.
Remontons l’histoire, nous dit-il, pour comprendre. Une histoire «sordide» de la CIA. Dès 1950, le président Eisenhower et Allen Dulles, directeur alors de la CIA, et son frère John Foster Dulles, secrétaire d’Etat, refusèrent les propositions soviétiques de faire du Moyen-Orient une zone neutre dans la guerre froide comme ils refusèrent de «laisser les Arabes gouverner l’Arabie». Ils ont fait encore plus grave : ils «octroyèrent une aide militaire américaine secrète aux tyrans en Arabie Saoudite, en Jordanie, en Irak et au Liban, en favorisant des marionnettes véhiculant des idéologies djihadistes conservatrices qu’ils considéraient comme un antidote fiable au marxisme».Nous devons tout faire, conseillait alors en 1957 Eisenhower à la CIA (références de document corroborant ces dires) pour insister sur la «guerre sainte».
En Syrie, la CIA a commencé son ingérence dès 1949, un an à peine, après sa création. Parce que Shukri Al Quawatli, le Président syrien démocratiquement élu, n’approuvait pas un projet américain de pipe-line trans-arabe reliant les champs pétrolifères d’Arabie Saoudite aux ports du Liban en passant par la Syrie, la CIA le destitua et le fit remplacer par Husni Al Zaim, un dictateur que les citoyens syriens déposèrent quatre mois après. Le pays a fait alors appel au retour d’ Al Quawatli qui opta pour l’URSS comme allié. Il n’en fallait pas plus au directeur de la CIA, Dulles, de déclarer que «la Syrie est mûre pour un coup d’Etat» et d’y envoyer alors ses exécutants. C’est, pour tous ceux qui suivaient la situation politique dans la région, la période dite «de la série des coups d’Etat en Syrie».
L’auteur de l’article, reprenant, appuyés de références précises, rapports et écrits nombreux dont ceux déclassifiés ou d’autres secrets, obtenus par lui, restitue toutes les péripéties par lesquelles la Syrie mais aussi les autres pays de la région ont constitué le terrain d’action de la CIA. La plupart des Américains, affirme-t-il, «ne savent pas que la révolution islamique en Iran est une conséquence du coup d’Etat effectué par Washington en 1953 quand le docteur Mossadegh, Premier ministre, a décidé de nationaliser le pétrole. La CIA avait alors distribué plusieurs millions de dollars et utilisé les conservateurs iraniens pour renverser Mossadegh». Même scénario en l’Irak : «Nous avons conçu un certain nombre d’actions en Irak qui ont effectivement amené Saddam Hussein au pouvoir et nous lui avons fourni des armes de destruction massive pendant la guerre irano-irakienne».
Quant à la Syrie, l’auteur rappelle que la décision américaine de lancer une campagne contre le Président Bachar Al Assad ne date pas des manifestations pacifiques du printemps arabe de 2011, mais de bien avant. La racine du conflit armé dans ce pays a, en grande partie, pour origine, le refus du Président syrien du passage d’un gazoduc du Qatar vers l’Europe.
En 2000, le Qatar proposa de construire un gazoduc long de 1500 km devant traverser l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie.
Ce projet aurait permis au Qatar d’atteindre les marchés énergétiques européens et à la Turquie de percevoir de substantiels revenus liés aux taxes de transit. L’auteur explique : «Le gazoduc Qatar/Turquie donnerait aux royaumes sunnites du golfe Persique la possibilité d’une domination décisive des marchés mondiaux de gaz naturel et renforcerait le Qatar, l’allié le plus proche de l’Amérique dans le monde arabe» comme il rappelle cette donne essentielle : «Le Qatar accueille deux énormes bases militaires américaines et abrite le siège du Commandement central des Etats-Unis au Moyen-Orient». Ce projet aurait en même temps servi les intérêts de «la monarchie conservatrice» sunnite d’Arabie Saoudite en lui permettant d’avoir une assise dans une Syrie à dominance chiite tout en réduisant la puissance économique et politique de son rival, l’Iran, Etat chiite et proche allié de Bachar Al Assad.
Une année après avoir refusé le projet de ce gazoduc parce qu’il nuirait aux intérêts de son allié russe, important fournisseur de gaz en Europe, Bachar a entamé des négociations avec l’Iran pour un gazoduc qui transporterait le gaz de l’Iran vers le Liban devant faire de l’Iran un des plus grands fournisseurs de gaz vers l’Europe.
Le refus du projet qatari a mis en branle les agences de renseignement américaines, le Qatar, l’Arabie Saoudite et Israël qui ont commencé de concert à financer ce qu’ils nomment l’opposition syrienne pour se révolter et renverser Bachar Al Assad qui entrave la mainmise des monarchies dans la région et compromet les desseins d’accaparement des ressources d’hydrocarbures.
La CIA dépense des milliers de dollars dans le but de réaliser et diffuser (TV britannique Barada, par exemple) des reportages appelant au renversement du Président Assad.
En réalité, dit encore cet avocat américain, «la CIA a utilisé les membres du groupe extrémiste pour protéger les intérêts des Etats-Unis sur les hydrocarbures et instrumentalisé les forces radicales pour réduire l’influence de (l’ancienne) Union soviétique dans la région… nombre de combattants de l’Etat islamique et leurs commandants sont, du point de vue idéologique et organisationnel, des successeurs aux djihadistes que la CIA n’a eu de cesse d’entretenir pendant plus de 30 ans, de la Syrie à l’Égypte et de l’Afghanistan à l’Irak».
Des vérités assénées par un Américain, argumentées et étayées par des documents secrets officiels et qui appellent les Américains à «détourner l’Amérique de ce nouvel impérialisme et de la remettre sur la voie de l’idéalisme et de la démocratie».


Khedidja Baba-Ahmed In LSA