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jeudi 29 juin 2017

Ça ne tourne pas rond dans la planète sport

Par Maâmar Farah
farahmadaure@gmail.com

Les scandales se suivent et ne se ressemblent pas dans le domaine du sport algérien qui vit ses plus mauvaises saisons malgré les moyens mis à sa disposition. Si les fédérations et les clubs ont leur responsabilité dans ce naufrage, il ne faut surtout pas blanchir les politiques qui ont pour mission de planifier, diriger, financer et encadrer ce secteur si sensible. Je veux parler d'un ministère de la Jeunesse et des Sports qui a rarement été occupé par des hommes bien imprégnés de la réalité si complexe de ce secteur aux prolongements économico-sociaux multiples.
On en a vu des vertes et des pas mûres depuis l'indépendance. Aux compétences avérées présentant des bilans flatteurs, succèdent des personnes dont on se demande ce qu'elles sont venues faire dans le sport national qui ne manque pourtant ni de cadres de valeur, ni d'hommes ayant prouvé leurs capacités à engranger des résultats qui font toujours la fierté de l'olympisme algérien. Mais avouons que la descente aux enfers, loin de s'arrêter, semble atteindre le fond du précipice.

Alors que les fédérations sportives viennent de renouveler leurs instances, ne voilà-t-il pas que le ministère manifeste publiquement son courroux contre les choix démocratiques, n'ayant probablement pas pu installer des hommes de paille, chaînons de la grande famille des copains qui n'est pas là pour servir le sport algérien mais pour agir dans l'intérêt de forces privées, voire des ambitions politiques démesurées de certains ! Si le système algérien est ainsi fait, il faut savoir parfois gueuler son aversion contre de telles méthodes qui n'en finissent pas de gangrener les gouvernements successifs. Au lieu de choisir des hommes compétents et intègres, on se retrouve avec des noms puisés dans les listes des différentes tendances du pouvoir, vastes réservoirs d'opportunistes qui croient s'en sortir avec de la pommade étalée chaque jour et des déclarations vantant les mérites du grand leader respecté et aimé ! Grossière erreur : ils n'ont qu'à lorgner la liste des soudainement suspendus, écartés du pouvoir, envoyés par une signature au fin fond de l'anonymat après avoir brillé sous les lambris de la république. Ces derniers n'avaient-ils pas, eux aussi, accrochés à leurs poitrines, les plus hautes distinctions en matière de flagorneries ? N'avaient-ils pas, eux aussi, balancé du «programme du Président» à chaque petite et grande occasion comme si ce pays n'avait plus aucune capacité à créer, imaginer, bâtir avec l'intelligence et la force de ses enfants, mais uniquement par le miracle des ordres venus d'en haut !
Pour revenir à notre ministère de la Jeunesse et des Sports, son problème majeur est qu'il veut tout contrôler, oubliant que fédérations et clubs sportifs sont des associations indépendantes qui échappent totalement à son autorité mais demeurent toutefois des partenaires de choix dans la mise en application des principaux axes de la politique sportive du pays. Cette dernière, quelle que soit sa couleur politique, a un double volet : celui de la pratique la plus large afin de maintenir la bonne santé des citoyens et celui du haut niveau dont l'objectif suprême est de représenter dignement le pays. Le constat est amer ! Les différentes catégories sportives hors système compétitif végètent dans une situation peu enviable. Le sport scolaire est à l'agonie, le «sport et travail» absent de la scène, le sport féminin défaillant sous le double effet du manque de volonté politique et de la pesanteur de l'obscurantisme qui n'est plus rampant mais bien incrusté dans la société !
L'épisode du voyage raté de nos catégories cadettes au Championnat du monde des sports scolaires, montre à quel point ce secteur navigue à vue. Alors que le ministère tente de charger la fédération du sport scolaire, son président présente des preuves accablantes sur la passivité des instances publiques qui n'ont pas répondu à ses nombreuses doléances, à ses demandes de rendez-vous pour organiser le déplacement de nos jeunes capés. Dans un tout autre cadre, et même si la fédération de football en porte la responsabilité, les différents scandales et les cas de corruption auraient dû interpeller le ministère depuis le début de saison. Car ce dernier est non seulement la «tête» politique du sport algérien mais aussi le garant de la moralité et le défenseur des hautes valeurs de l'olympisme. A propos d'olympisme, les ingérences répétées des pouvoirs publics dans la gestion du Comité olympique algérien et le harcèlement de ses dirigeants avec la soudaine sortie de «dossiers» dignes de la SM d'antan n'ont servi qu'à montrer le caractère hargneux et revanchard de ceux qui doivent normalement se hisser au-dessus de la mêlée pour servir le sport. Résultat des courses : le Comité international olympique entre en ligne et de sérieuses menaces pèsent sur le secteur ! En athlétisme, des noms ont été écartés sans aucune justification sérieuse, si ce n'est le désir malsain d'imposer ses propres hommes en éliminant ceux que l'on pense hostiles. Sur le plan compétitif, les prochains championnats du monde vont nous réserver de nouvelles désillusions dans la mesure où les luttes marginales et le climat malsain qui règne actuellement empêchent les athlètes de bénéficier des meilleures conditions de préparation. Exemple : l'une de nos chances de consécration repose sur les frêles épaules d'un Makhloufi délaissé et sans préparation sérieuse.
Il n'est pas dans notre intention d'accabler le responsable du secteur des sports — je ne sais pas si celui de la «jeunesse» va mieux — mais seulement d'appeler à ce que les pouvoirs publics cessent de considérer les fédérations — associations non gouvernementales — comme une chasse gardée, qu'elles n'interviennent pas pour «triller» les listes de candidature et qu'elles acceptent sereinement le résultat des urnes. L'image du sport algérien n'est pas des plus flatteuses. Et pour sortir de cette situation fort compromettante pour l'avenir des différentes disciplines, il faut nécessairement passer par un changement de mentalité qui implique le respect des décisions souveraines et démocratiques des différentes fédérations et la mobilisation des moyens de l'Etat pour leur venir en aide dans l'accomplissement de leurs missions. Nous avons besoin d'un grand rassemblement de toutes les compétences marginalisées pour engager une réflexion approfondie autour des orientations du sport algérien. Il est absurde que des hommes qualifiés, à l'expérience avérée et qui peuvent sauver, oui je sais ce que je dis, sauver le sport algérien du naufrage, demeurent en dehors du mouvement sportif. Tout le monde les connaît et je n'ai pas besoin de citer de noms. Ils attendent un geste de cet Etat qu'ils ont si admirablement et si efficacement servi.
Enfin, le tableau serait incomplet sans l'implication de la presse sportive qui doit faire un effort de professionnalisation et s'éloigner de l'esprit «clubard» qui lui fait tant de mal. Quand je vois une chaîne «sportive» comme El Heddaf meubler son programme de prêches religieux émanant de l'Arabie Saoudite, je me dis que ça ne tourne pas rond dans la planète sport. Un peu comme la planète télévision. Mais ça, c'est un autre débat et le sujet d'une autre chronique.
M. F. IN LSA