APS - ALGÉRIE

mercredi 27 juillet 2016

L’éternel recommencement : La violence !


Daesh se frotte les mains. En tout état de cause, toutes les morts sont revendiquées par cette organisation. Un bus se renverse, hop, il est revendiqué. Un chat se fait écraser, hop, il est revendiqué. Basta messieurs, il y a trop de morts. Pour rien. Au nom de quoi ? Même si l’Islam a bon dos, il est toutefois innocent de ce qu’on peut lui imputer. Au lieu du djihad, réclamons-nous de l’ijtihad. A la violence, préférons l’intelligence. 

Par Youcef Merahi
merahi.youcef@gmail.com

 L’éternel recommencement, c’est cette étrange sensation du déjà vu, déjà entendu et déjà ressenti. Surtout, si les journées tissent un quotidien fade, sans aspérités, sans nouveauté et vide de sens. Un quotidien qui profile le même horizon, la même attente, les mêmes écoutes et la même attention. Un quotidien qui annonce des amitiés qui oublient de montrer le bout de leur sourire. Un quotidien qui fait du monde un vaste village, sans exotisme, sans nouveautés, sans émerveillements et uniforme dans sa totalité. Je fais certainement de la philosophie du café maure du coin, c’est possible. Mais j’avoue ressentir, plus que jamais, cet éternel recommencement qui fait de la gestuelle quotidienne le tissage de Pénélope. C’est juste de la poésie détricotée, des mots usités par les uns et les autres, un espace de sens possible assaisonné à une sauce égoïste et des routes déjà empruntées.
Ici et là, la violence dicte sa loi à une humanité médusée, quand elle subit dans sa chair la douleur du fer et du feu. A Kaboul, un attentat fait un massacre. Une région chiite, semble-t-il. Commis par des sunnites, semble-t-il. Des musulmans, semble -t-il. Les chiites et les sunnites sont musulmans, me semble-t-il. Qui ont la même profession de foi. Qui meurent en prononçant la même profession de foi. Qui ont la même Qibla. Qui prient cinq fois par jour. Qui vont à La Mecque, ensemble. Schisme, me dit-on ! Esprit totalitaire, pensé-je ! Pas seulement à Kaboul. Au Yémen, on fait la guerre pour casser ce schisme. Comme si on ne pouvait pas vivre l’Islam dans la paix et la tolérance. Comme si l’Islam ne réunissait pas les musulmans, de quelque bord qu’il soit. La violence, me dit-on, est corollaire du musulman. D’où sort-on ce travestissement de la réalité ? A qui veut-on faire plaisir ? A d’anciens maîtres ? Ou à de nouveaux maîtres ? Les maîtres sont toujours les mêmes. Les esclaves, aussi.
On a beau tenté de comparer des attentats, on n’arrive en définitive qu’à un résultat contraire à l’Histoire de l’humanité. Le bus fou de Nice ne peut pas rappeler quoi que ce soit de la guerre d’Algérie. On ne peut pas comparer une violence à une autre. Ce qui leur est commun, c’est que c’est le produit de l’humanité qui, depuis la nuit des temps, n’a pas cessé d’inventer et de réinventer la violence pour mieux se détruire. La colonisation en est une. La fabrication des armes en est une autre. Imposer une religion par la force est l’expression d’une violence humaine inadmissible. Nice n’est pas Kaboul. Ni Ghaza. Ni Bruxelles. Ni Baghdad. Ni Baton Rouge. Ni. Ni. Ni…
A Munich, la violence humaine a fait son hol-dup. Encore une fois ! Daesh s’empresse de le revendiquer. Pour cette fois-ci, il s’agit d’un tueur de masse. De foule. Qui tue, sans discernement. Il tue pour tuer. Sans idéologie. Sauf qu’il est germano-iranien. O Seigneur, iranien ? Donc musulman. Donc vecteur de violence. La perche est tendue pour l’islamophobie ambiante. Daesh se frotte les mains. En tout état de cause, toutes les morts sont revendiquées par cette organisation. Un bus se renverse, hop, il est revendiqué. Un chat se fait écraser, hop, il est revendiqué. Basta messieurs, il y a trop de morts. Pour rien. Au nom de quoi ? Même si l’Islam a bon dos, il est toutefois innocent de ce qu’on peut lui imputer. Au lieu du djihad, réclamons-nous de l’ijtihad. A la violence, préférons l’intelligence.
Mon éternel recommencement est là. Je le vis de cette manière. Le matin s’arrondit pour ramener un crépuscule qui augure d’une nuit violente d’insomnie. Parce que la caboche n’arrête pas d’ingurgiter des violences inutiles. Parce que la caboche fait de la poésie la félicité de l’homme. Mon éternel recommencement est là ; il s’enroule et se déroule, se fait et se défait, comme le ferait un serpent en état d’alerte. Ce siècle est celui de la violence. Pas plus que d’autres, je suppose. Puisque la Seconde Guerre mondiale, qui n’a rien à voir avec l’Islam, a fait des millions et des millions de morts. Par le seul fait d’un homme, Hitler. Lui qui a été élu par le suffrage universel. Ah, la démocratie ! Puisque la guerre des religions, qui n’a rien à voir avec l’Islam, a eu comme lieu d’affrontement un autre espace géographique. L’inquisition, aussi. L’arme de la violence, finale et ultime, a été d’abord américaine. Hiroshima et Nagasaki, c’est aussi américain. Il est là mon éternel recommencement !
L’histoire a toujours été écrite par les vainqueurs. La violence, sous couvert de règlements internationaux, est l’œuvre des vainqueurs. La force prime sur le droit. Le droit de veto onusien représente une certaine puissance. Donc de la force ! Y compris la force de persuasion : l’arme atomique. Ils sont combien à en disposer à l’ONU ? Je vous le demande. Alors, elle est où la violence ? Elle démarre d’abord de l’ONU. Qui file droit vers la chute. Comme la Société des nations. Société des nations ! Quelle foutaise. Société de la force, oui. On ne peut pas refaire le monde.
Ni l’instauration des anciens empires. Ni la colonisation. On ne peut repartir de zéro. Comme sur une page blanche. On ne peut rien gommer. Rien effacer. Ni la décolonisation. Ni les frontières souvent artificielles. L’humanité est le produit de son humanité. Je fais avec, à titre personnel. Y compris au sein de ma société. Oui, l’éternel recommencement !
Y.  M. IN LSA