mercredi 14 juin 2017

Quid du pied ?

Youcef Merahi
merahi.youcef@gmail.com

Je me suis toujours demandé d’où pouvait venir l’expression, «c’est le pied !» Et qui pouvait inventer une telle formulation ? Bien sûr, il n’y a rien de particulier dans sa compréhension. Rien de difficile. Pour faire dans l’économie du langage, on lance à la ronde, comme ça, sans trop se triturer les méninges, «c’est le pied !» Parce que la situation nous a rendus heureux. Parce que la situation nous a fait pleurer de joie. Parce que la situation nous a transportés de bonheur. Alors pour dire ses aises, on lance à la ronde, comme ça, «c’est le pied !» Comme si le pied a ressenti toutes les joies du monde. Comme si le pied a joui d’une terrible manière. Comme si le pied a pris son pied.

mardi 30 mai 2017

Le déni démocratique

Par Ammar Belhimer
ammarbelhimer@hotmail.fr

Le recueil de cours donnés par le professeur Alain Supiot au Collège de France porte un très beau titre : «La Gouvernance par les nombres». Il ausculte les transformations de nos sociétés, travaillées par la globalisation, la révolution numérique et le passage, selon sa formule, du «gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres»(*).

lundi 22 mai 2017

«L’Etat est resté une abstraction…»



 

« Passée l’euphorie de l’indépendance, la population ne s’est généralement pas reconnue dans ce pouvoir, elle a conservé une attitude assez proche de celle qu’elle avait face à l’administration coloniale.
L’État est resté une abstraction qui n’engendre pas la loyauté. Les relations sont personnelles : elles impliquent faveurs et obligations, de moins en moins réciproques. L’administration, qui est une notion moderne héritée de la colonisation, forme une entité en soi, elle ne se sent pas au service, à l’écoute du public ; au mieux, elle veut imposer sa vision du développement; au pire, elle veut  d’abord se perpétuer pour son propre profit.»

 Henri-Philippe Cart, du département fédéral suisse des Affaires étrangères, lors d’un colloque sur les droits humains, tenu à Fribourg en 1994.

dimanche 14 mai 2017

Le Macronmantra



PAR PHILIPPE-JOSEPH SALAZAR
Blabla. En « illusionniste expert », le nouveau président a usé d’une rhétorique du management pour séduire l’opinion, explique le philosophe.

mardi 2 mai 2017

Présidentielle française : la fin d’une idée

Par Nour-Eddine Boukrouh
noureddineboukrouh@yahoo.fr
noureddineboukrouh@facebook.com

«Les nations n’ont de grands hommes que malgré elles.»
(Baudelaire)
Lors de la campagne électorale de 1965 pour la première élection du président de la République au suffrage universel direct depuis Napoléon III (1848), le général de Gaulle a jeté dans l’ambiance des joutes oratoires une idée qui a connu un retentissement immense et n’a cessé, depuis, d’être revendiquée par d’autres à chaque scrutin présidentiel : «L’élection présidentielle est la rencontre d’un homme et d’un peuple.» Le scrutin en cours n’y a pas échappé, mais c’est peut-être la dernière fois.
La phrase n’est pas sortie de la bouche du général comme un propos de campagne, mais condensait une philosophie de la dévolution et de l’exercice du pouvoir propre à un personnage qui été mêlé à de grands évènements de l’Histoire qui lui ont conféré une légitimité sui generis, métapolitique.
A force d’être rabâché dans les discours et la presse, mais aussi parce qu’on en enseignait la substance en sciences politiques et en droit constitutionnel, le propos s’est incrusté dans la culture générale française.

dimanche 30 avril 2017

El ma tar

par El-Guellil
Comment t'as fait yasi el ma, dans tout ce cilima, pour changer subitement de nom sans que tu changes d'aspect ou de couleur ? s'interroge Otchimine en portant de lourds jerricanes sur ses frêles épaules. Les épaules qui ont porté la pierre de Murdjadjo pour construire El-Bahia et son port. «Y'a, dans nos têtes, quelque chose qui ne tourne pas rond», ronronne le vieux guerrier.

Otchimine perd la boule quand il voit un nouveau commerce qui a pris naissance dans nos villes. Jadis, on l'appelait tout simplement «El-Ma» et elle était toute délicieuse et «potable» à boire. Par quel miracle, lui a-t-on attribué un adjectif alors qu'elle se fait de plus en plus rare ? Et comment, surtout, en est-on parvenu à l'appeler «El-Ma H'lou».

De par ce qualificatif, l'eau est devenue synonyme de canne à sucre. Et pourtant, aujourd'hui, cette eau, on la boit amère. Quand «El-Ma» est sans goût, c'est la facture qui est salée. Chez ceux qui gèrent notre eau et bas salaires, on se base sur un principe : «moins on consomme cette denrée vitale, plus ça chiffre dans les factures». Ce principe constitue un tour de passe-passe qui rend tout objet transparent mais pas l'eau, ni la facture, d'ailleurs.

Toute cette pénurie d'eau, c'est la faute aux précipitations qui ne viennent plus. Mais quand elles tombent, ces pluies font des catastrophes monstres. Et puis à quoi bon ? Les barrages, qui restent fonctionnels, sont envasés à plus de la moitié. «La pluie t'koub moubacharatene fel b'har» puisqu'elle n'est pas retenue dans les retenues collinaires... Conclusion, trop d'eau coulina, sans eau coulina quand même !
in lequotidion d'oran