APS - ALGÉRIE

dimanche 9 décembre 2018

Où habitait Karl Marx, s’il vous plaît ?


AREZKI METREF
C'est Samir qui en a eu l'idée. Ou peut-être Monica. Je n'en suis plus très sûr. Samir  indique  un carrefour et dit :
- Tu vois, sur ce trottoir, on est en France. Là, on est dans le grand duché du Luxembourg. Là encore, c'est l'Allemagne. Et un peu plus loin, c’est la Belgique.
Et il conclut, en rigolant :
- Tu fais le tour du rond-point, tu fais le tour d'une partie de l'Europe.
Nous venons de quitter le village de Schengen, célèbre pour avoir donné son nom aux accords de l’Union européenne sur la circulation des personnes, à proximité du tripoint Allemagne-France-Luxembourg...
Nous voilà en Allemagne. En Rhénanie, plus exactement. Il n’a pas suffi de beaucoup pour enjamber la frontière, qui n’existe plus : juste passer de l’autre côté de la chaussée !
A l'origine, en réalité, la destination était le Luxembourg et le but bien prosaïque. Heu, acheter du café ! Puis, ça va finir par prendre la tournure du pèlerinage. Comme quoi, il ne faut jamais jurer de rien.

dimanche 12 août 2018

L'électricité, et Tarik Ibn Ziad…

AHMED HALLI

L'électricité, ça n'aide pas seulement à faire parler les suspects, sans trop les abîmer, comme l'a affirmé le célèbre tortionnaire Bigeard, après l'avoir expérimentée sur lui-même, jurait-il. Et comme tout bon apôtre du progrès au compte-goutte pour le pays colonisé, il préférait électrocuter à électrifier, c'est pourquoi l'électricité a mis tant de temps à «éclairer» mon village. La logique du plus fort restant maîtresse des lieux, l'électricité devait être distribuée à bon escient et à doses homéopathiques comme la vérité, selon la formule d'un idéologue du parti unique. Comme dans tous les pays où l'exception prime la règle, la formule d'apothicaire ne s'appliquait pas aux climatiseurs des mosquées, accueillant les fidèles pour la prière du vendredi. D'où le rôle essentiel de l'électricité comme stimulant de la piété, par le biais des hauts-parleurs et de la clim, sans lesquels la désaffection et l'affaiblissement de la foi feraient des ravages. Un exemple: il est de notoriété publique que l'éviction du président intégriste égyptien Morsi n'est pas due seulement à la chute de sa popularité, mais surtout aux pannes d'électricité. Le maréchal Sissi qui a répondu le 30 juin 2013 aux manifestations populaires contre le pouvoir des Frères musulmans savait que la foi risquait de vaciller à la lueur des bougies.

mercredi 25 juillet 2018

«Démocraties illibérales»

AMMAR BELHIMER
 Ceux qui doutent encore de l’état de délabrement du système libéral doivent méditer ce propos : «La démocratie libérale est menacée; elle est à un stade avancé de la décadence.»
La sentence est de Yascha Mounk, un jeune politologue basé à Harvard, auteur de «The People vs Democracy» («Les gens contre la démocratie»).
On le retrouve dans International Politics and Society pour un entretien d’une grande intensité.(*)
Yascha Mounk pointe du doigt la montée des démocraties dites «illibérales» — «des sociétés qui choisissent leurs dirigeants aux urnes, mais refusent de souscrire aux normes libérales».
La démocratie illibérale est désignée comme un régime autoritaire qui affiche un faible respect pour l’Etat et les minorités. II résulte d’un excès de libéralisme, au détriment de «la démocratie».
«De l'Inde à la Turquie et de la Pologne aux Etats-Unis, les populistes autoritaires ont pris le pouvoir.»

mercredi 4 juillet 2018

À l’heure algérienne

Sincèrement, je me régale avec ce Mondial. Je recharge mes accus footballistiques pour les quatre ans à venir. Je n’aurai pas à m’encombrer d’une saison, à l’heure algérienne, indigente. Oui, la jeunesse, là-bas en Russie, avec l’audace de sa vigueur, bouleverse l’ordre mondial du ballon rond. Messi, out. Ronaldo, aussi. A eux deux, ils ont dans l’escarcelle dix Ballons d’Or. Dix ? Je dis bien dix. Je ne me trompe pas, j’espère. Chez nous, la jeunesse est mise au rebut ; elle compte pour du beurre ; cette jeunesse qui doit gérer ce pays n’a pas le droit à la prospective ; elle reste sur la touche. En attendant, la vieillesse tire encore les ficelles d’un pays, qui n’en peut plus de traîner la patte. La gérontocratie est à l’œuvre. Qui n’a plus les

mardi 3 juillet 2018

La décadence du monde musulman


Par NOUREDDINE BOUKROUH
La plupart des historiens conviennent que les déboires de la civilisation islamique ont commencé trente ans environ après la mort du Prophète avec la remise en cause de la légitimité du calife Ali par le clan des Banu Omayya et la bataille de Siffin sur laquelle elle a débouché. C’est là qu’est survenue la grande «fitna» qui a mis fin à l’ordre moral, social et politique instauré par les quatre califes qui ont succédé au Prophète.
Le coup d’Etat de Moawiya a provoqué la division des musulmans en courants rivaux (les sunnites qui ont suivi Moawiya, les chiites qui ont suivi Ali, et les kharidjites qui renvoyèrent dos à dos l’un et l’autre), division qui prévaut à ce jour. Il les a divisés collectivement et individuellement entre la reconnaissance du fait du prince et la fidélité à la fraîche tradition de dévolution du pouvoir, il a provoqué dans leur esprit une séparation entre le principe coranique et la vie politique, entre la morale et les intérêts, entre la mosquée où l’on célèbre le culte du despote et ce qu’on pense au fond de soi. La bataille de Siffin s’est soldée par la mort de plus de 40 000 musulmans, chiffre énorme quand on sait qu’à la mort du Prophète la communauté musulmane comptait quelque 124 000 personnes(1).

mardi 9 janvier 2018

La nouvelle route de la soie

Par Ammar Belhimer

Le 14 mai 2017, la Chine ouvre un sommet consacré au projet de nouvelle route de la soie. C’est à l’évidence l’un des vecteurs de sa puissance à l’horizon 2030, c’est-à-dire demain. Le programme «Une ceinture, une route» du gouvernement chinois – dévoilé à l'automne 2013 – n’ambitionne pas moins que de relier le pays au Proche-Orient, à l’Afrique et à l’Europe, à la fois par terre et par mer, en créant de nouvelles routes de la soie.