APS - ALGÉRIE

jeudi 21 avril 2016

Variabilité des politiques économiques et performances économiques

On lit beaucoup sur la gestion du changement. Souvent il est postulé désirable de changer. Dans beaucoup de cas, il est nécessaire d’introduire de l’innovation la plus large possible : produits et services, organisation, pratiques stratégiques, etc.
Au niveau d’un pays, il est souvent utile de moderniser les politiques économiques et les rendre compatibles avec les mutations environnementales. Mais si on approfondissait la question on s’interrogerait sur le rythme des mutations: Dans quels cas  seraient-elles d’un apport salutaire et dans quels cas produiraient-elles des effets indésirables ? Les
analystes se sont toujours interrogés sur ces aspects. Que ce soit en management d’entreprise ou en politique macroéconomique, la problématique demeure la même : les mutations sont irréversibles, mais comment les maîtriser ?
Au niveau des entreprises, le management du changement dépend de la fonction objet de l’analyse. En marketing les changements de produits sont fréquents et conseillés. Lorsqu’un produit ou un service réussit, c’est à ce moment-là qu’on pense à le remplacer  «détruisez vous-mêmes vos produits sinon les concurrents le feront pour vous ». En ressources humaines, on œuvre plutôt pour une «stabilité des politiques couplée à une amélioration des pratiques». La stratégie essaye d’améliorer le positionnement des activités de l’entreprise tout en réalisant une stabilité de ses politiques.
On a un fameux adage dans ce domaine : «Un manager moyen stable qui demeure une décennie dans son poste de travail produit de biens meilleurs résultats que dix génies qui se succèdent.» La stabilité est donc recherchée. Mais elle demeure un élément-clé parmi plusieurs paramètres qui concourent à l’efficacité. On ne peut l’isoler du reste des variables à considérer. Mais c’est un attribut très désirable.
Stabilité des politiques sectorielles et performances économiques
Il est souvent postulé qu’une variabilité des politiques économiques serait néfaste à l’économie. Les entreprises planifient. Si elles ne le font pas formellement, c’est dans la tête des dirigeants qu’une vision du long terme se dégage. Elle n’est pas efficiente si n’elle n’est pas formelle et concertée, mais elle a le mérite d’exister.
Elle se fait en fonction des politiques économiques et des priorités publiques. Lorsqu’on réduit les taxes pour l’importation, beaucoup d’hommes d’affaires ferment leurs usines et se mettent à importer. D’autres diffèrent leurs investissements prévus par leur vision et vont peut-être réduire le niveau d’emploi qui pourrait être créé. En effet, les politiques économiques orientent les anticipations des agents économiques. Elles indiquent les priorités. Si ces dernières changent tout le temps, ceci serait un indicateur d’un très gros risque pour les agents économiques qui vont s’adapter en conséquence.
Rappelons-nous les années quatre-vingt-dix. Nous avions une situation politique des plus préoccupantes. Certes, à cette époque, la situation sécuritaire recevait, à juste titre, la priorité des politiques publiques. L’Etat était menacé dans ses fondements. Tout de même on a eu une instabilité des politiques économiques qui avait été aggravée au lieu d’aider à la stabilité politique. Les réformes libérales initiales prévues au début des années quatre-vingt-dix ont été suivies de politiques économiques les plus étatistes (l’économie de guerre). Les agents économiques nationaux et les observateurs étrangers étaient désorientés et désemparés. Personne ne pouvait prédire une suite quelconque au déroulement des décisions.
Ce fut une des périodes les plus volatiles de l’histoire économique de notre pays. Les performances économiques se sont fait ressentir. La mise sous tutelle de l’économie par le FMI, suite au rééchelonnement, n’avait pas permis d’améliorer la situation. Les performances économiques s’en ressentaient. La croissance économique fut quasi nulle et le taux de chômage atteignit les 30%.
Quelques pistes d’orientation
Il y a deux situations dans lesquelles le pays serait protégé des instabilités politiques ou même des changements fréquents de personnes à la tête d’institutions de décisions telles que les ministères, les wilayas et les grandes entreprises. Il faut donc créer une de ces situations ou les deux conjointement.
La première est une séparation entre la sphère politique et économique. Il faut donc créer un secteur privé locomotive et des entreprises publiques stratégiques gérées d’une manière autonome, selon les prescriptions typiques du business management. Il faut une grande maturité politique pour arriver à une telle architecture, où la séparation entre les décisions économiques et politiques serait très affirmée. L’Italie confirmait cette situation. Le pays vivait une très forte instabilité politique durant les années soixante-dix. Au moins tous les deux ans un nouveau gouvernement prenait place. Mais le taux de croissance durant cette décennie était supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE. L’instabilité politique ne s’est pas traduite en sous-performance économique.
La seconde situation est celle de certains pays émergents. Ce sont les plans à long terme qui orientent les politiques économiques, permettent de maintenir le cap et de garder une certaine cohérence des politiques économiques. Les pays comme la Malaisie et la Corée du Sud, qui disposent d’un think tank, d’une cellule de planification et de deliveryunits arrivent à garder la même direction même si les mutations politiques eurent lieu. Ils sont structurés pour fonctionner selon une vision du long terme.
Les pays où chaque ministère fait un mini-plan sectoriel finiront par avoir une instabilité inhérente très prononcée. Les changements fréquents de personnes induiront des mutations de politiques sectorielles qui vont dérouter tout le monde. L’instabilité induira forcément une sous-performance, une fuite des IDE vers des horizons plus stables et une démobilisation des agents économiques.
D’ailleurs, dans de nombreuses études sur les repoussoirs des IDE, l’instabilité de l’environnement des affaires se classe souvent comme le second paramètre le plus considéré par les businessmen. Le premier étant la qualité des ressources humaines et des entreprises sous-traitantes. Alors, pour notre pays, on attend avec impatience le nouveau modèle économique. Il faudra le compléter par des plans quinquennaux opérationnels, une unité de planification et des DeliveryUnits. On aura alors posé les jalons d’une future stabilité des politiques économiques.
Abdelhak Lamiri IN elwatan