APS - ALGÉRIE

samedi 2 avril 2016

Stabilité et statu quo

La construction d’une alternative au système en place est plus problématique que prévu. Si la cacophonie gagne les rangs de l’opposition, l’impasse politique risque de se prolonger, avec le double risque du maintien du régime qui a confisqué le pouvoir depuis des décennies et livré le pays à l’aventure et à de sombres horizons.

Si l’explosion du front social, tant redoutée ces dernières années, advenait, elle emporterait la classe politique dans sa configuration actuelle. La déstructuration de la scène politique s’avère du même niveau de gravité que la destruction du tissu économique dont on sait les répercussions sur les conditions de vie des Algériens. Les déclarations des acteurs politiques lors des deux regroupements organisés Mercredi 30 Mars ne sont pas de nature à réinventer l’espoir au sein des populations. Si l’insistance sur la «mobilisation totale derrière l’armée nationale» est opportune en ces temps de menaces terroristes dans la région, cela ne peut pas constituer un projet politique et une perspective de sortie de la crise globale et multiforme.
Quand les représentants des partis tentent de faire connaître leurs propositions d’action sur le terrain politique, ils prennent des accents étranges, difficilement assimilables par le commun des citoyens. L’un des principaux partenaires de l’Isco a pris le soin de rappeler, Mercredi lors de la conférence de l’opposition à Zéralda, que «la stabilité du front intérieur ne peut être préservée qu’avec l’enracinement de l’esprit patriotique chez l’ensemble des Algériens». Si les futurs meetings consisteront à déclarer aux Algériens : «Soyez patriotes !», il faudrait annuler ce programme d’action dès à présent. L’activité politique ne peut pas s’accommoder avec l’amnésie dans un pays où le patriotisme a été le moteur de son histoire.
Le conclave des partisans du pouvoir, tenu hier également, était dans son rôle de véhiculer des discours affligeants et de militer activement pour le statu quo. La mission de l’opposition est par contre d’opérer des bonds qualitatifs et pragmatiques, dans un objectif clair, celui d’une transition politique. Le principe était de taire les divergences de fond et d’œuvrer à la mise en place des règles du jeu démocratique, avec des mécanismes de surveillance, les élections libres étant le seul moyen de valider une option partisane et un projet de société. Bien avant la polémique au sujet des personnalités invitées à la rencontre devant porter l’espoir du changement, des déclarations politiques avaient semé le doute chez les observateurs qui ont suivi l’action de l’opposition. Il était clair que le dossier de la réforme de l’école est au cœur du débat national, mais la précipitation et la violence dans les prises de position ont fragilisé la démarche solidaire en faveur du changement. Le MSP annonçait, il y a une dizaine de jours, la mise en place d’une «commission d’experts pour surveiller les directives du ministère de l’Éducation et les changements envisagés dans les programmes scolaires». Une sorte de ministère parallèle qui se chargerait de mettre en pratique un programme partisan, alors qu’aucune esquisse d’accession régulière au pouvoir ne s’est encore dessinée.
Djaffar Tamani IN elwatan.com