samedi 2 avril 2016

RETRO- La richesse des nations

 Cet article a été publié le 24 juillet 2011 au journal le soir d’Algérie. par M.Mahmoud Ourabah, consultant en économie du développement
 
Adam Smith nous avait pourtant avertis que la richesse des nations ne devait pas se confondre avec la thésaurisation de l’or. On s’interroge encore aujourd’hui en Algérie de savoir si les gestionnaires des réserves considérables du pays n’auraient pas fait gagner encore plus en grosseur nos excédents des recettes sur les dépenses, s’ils les avaient placés dans des achats d’or, dont le cours est en train de flamber !
En lieu et place de placements en devises, réputées fortes, le dollar, l’euro, voire peut-être bientôt le yuan. Mais est-ce vraiment la question de fonds pour l’économie du pays ? Certes les Etats comme «les bons pères de famille» se doivent de bien gérer les budgets. La sagesse des nations recommande aussi les enseignements à tirer du songe de Joseph, la période des vaches grasses ne doit pas oublier de prévoir celle des vaches maigres. Aussi intéressante soit-elle pour les cambistes (les spécialistes des placements dans les banques centrales) cette question nous éloigne des fondamentaux qui devraient le plus mobiliser la pensée des économistes. Contrairement à ce que tout un chacun peut penser, le volume très important des réserves financières (mesurées habituellement en plusieurs mois voir années d’importation) est un signe de mauvaise santé économique. C’est la signification profonde de la formule d’Adam Smith : les Etats n’ont pas pour objectif d’accumuler de l’or. Nous savons pourtant que ceux qui se réclament de la pensée d’Adam Smith, le père du libéralisme économique, les actuels néolibéraux en économie sont portés plus sur les performances financières que sur les évolutions de l’économie réelle («la financiarisation de l’économie »). Dans tous les cas, tout leur discours est apparemment dominé par la finance et par une préférence au non interventionnisme des états dans la gestion de l’économie. Pourtant les grandes perturbations de l’économie mondiale dans lesquelles se débattent actuellement beaucoup d’économies du monde, mêmes les plus puissantes, découlent en grande partie des dérégulations (le recul de l’intervention des Etats), mais surtout causées par la part la plus dérégulée et sans cesse grandissante au sein des marchés financiers, à savoir la spéculation, marquée ces derniers temps par des excès de cupidité, selon Joseph Stieglitz, Nobel de l’économie, ancien conseiller économique principal du président américain. De ce que Keynes appelait «l’économie casino». Méfions-nous donc de l’adoration de l’or. Que cette période du printemps et de l’été 2011 marquée en Algérie par des grandes consultations sur l’avenir des institutions entraîne aussi des réflexions sur cette question des fondamentaux de l’économie : comment augmenter dans tous les secteurs d’activités l’élargissement de la capacité d’absorption à l’innovation et au bon management ? Car la faible capacité d’absorption à l’innovation créatrice de richesses économiques est la cause profonde de cet accroissement démesuré des réserves de changes financières. Pour élargir cette capacité d’absorption, il faut tout miser sur la valorisation de la ressource humaine : sur l’école de qualité, sur la formation professionnelle, la formation continue, l’élévation généralisée du niveau culturel de la population active et non active. Ce serait, à coup sûr, notre meilleur placement, notre plus fort «retour sur investissement», le plus performant de notre fonds souverain à constituer à partir de l’excédent des réserves pour sortir de nos ornières.
LSA