mardi 19 avril 2016

La puissance de l’impuissance

Devant ce spectacle d’une classe dirigeante déliquescente, l’opinion est unanime à montrer les signes d’une colère rentrée, adossée à un sentiment d’impuissance. Si peu souhaitent réellement un soulèvement populaire qui serait dévastateur, d’autres avancent l’impossibilité de l’opération devant le redoutable arsenal policier et judiciaire mis en place par la Matrice.
De fait, on préfère observer — ou pas — les gesticulations de ceux qui brandissent l’étendard du patriotisme pour étouffer tous les scandales et qui ont fini par donner de l’Algérie l’image d’un pays mort, gangrené par la corruption, qui gouverne par l’insulte. Deux exemples parmi d’autres : Louh, ministre de la Justice enfermé dans une vis sans fin, qui vient d’ordonner à tout le monde de laisser la justice faire son travail, oubliant que justement, si elle faisait son travail, tout le monde la laisserait faire son travail ; et Ouyahia, cynique animateur de comités de quartier qui, comme prévu, vient de défendre Bouchouareb en expliquant qu’il était riche et avait monté sa société offshore avant d’être ministre, alors qu’il a créé Royal Arrival Corp en 2015, un an après sa nomination en 2014.
Le mensonge d’Etat fonctionne ainsi : on peut dire n’importe quoi, la force brute servira comme ultime argument. Résultat : cette mauvaise machine de propagande ne fait qu’alimenter un profond ressentiment populaire. En sont-ils conscients ? Probablement, mais là aussi, il y a leur propre impuissance à changer le système qu’ils savent stérile dans lequel ils vivent, obligés de défendre le pire des escrocs parce qu’il a été nommé par le palais et fait partie de la cour. L’impuissance est donc partagée. Résultat du résultat : quand deux impuissances se rencontrent sur un lit de mollesse, c’est celui qui aura le plus petit des petits frémissements qui sera le fécondateur. L’autre accouchera sans douleur d’un petit quelque chose.
Chawki Amari IN elwatan