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lundi 25 avril 2016

Histoire de l'Algérie : III-Antiquité (- 1250 à l'an 250)

L'histoire et la géographie de l'Algérie sont intimement liées. Ainsi, bien que la civilisation
humaine au Maghreb remonte à des millénaires, ce n'est qu'à partir de l'Antiquité que cet
espace commence à prendre sa forme actuelle en se scindant en trois régions-peuples :
Maghreb oriental, Maghreb central et Maghreb occidental. La région-peuple du Maghreb
central évoluera au fil des siècles en l'État nation algérien moderne. Cet article traite donc
de l'histoire de l'Algérie, et non pas seulement de l'histoire de la République algérienne
moderne.

III-Antiquité (- 1250 à l'an 250)
L'histoire de l'Algérie dans l'Antiquité est marquée par l'émergence des royaumes de l'Âge
de Fer qui s'étalent sur une période d'environ 1500 ans. Ces royaumes sont d'abord les
Gétules au sud du pays, et la fondation des comptoirs Phéniciens au Nord, ensuite les
Garamantes et finalement les Numides.

L'Algérie des Gétules : (- 1250 à 250)

Le peuple Gétules, descendant direct de la branche de la civilisation capsienne ayant
émigré au Sahara vers 3000 av. J.-C. est certainement le peuple qui a dominé de la façon la
plus certaine l'Algérie durant les 1500 ans de son antiquité. Ils étaient selon l'historien grec
Strabon le peuple le plus nombreux d'Afrique du Nord, mais également le moins connu.
Parmi les plus anciennes références aux Gétules sont vraisemblablement celles des
Carthaginois qui indiquent que le prince des Gétules proposa d'épouser Élyssa (ou Didon
pour les Romains), la reine fondatrice de Carthage (actuelle Tunisie) vers l'an 815 avant JC.
Toutefois, des références en Égypte ancienne de certaines tribus Gétules remontent jusqu'à
1350 av. J.-C. environ sous le règne d'Akhénaton de la XVIIIe dynastie qui parlent de
commerce de bétail avec ce peuple. Les Gétules sont probablement à l'origine également
du calendrier berbère qui commence vers 943-949 avant J.-C. Le début de ce calendrier
ferait suite à la victoire d'une coalition de Gétules sur les Égyptiens. Cette coalition, formée
par les tribus Gétules du Maghreb est partie du sud ouest algérien, renforçant ses effectifs
en cours de route partout où elle passait au Maghreb. La coalition dirigée par Sheshonq
(nom berbère: Sheshnaq) a vaincu le pharaon Psousennès II. Suite à cette victoire
Sheshnaq épouse la fille du pharaon, s'installe sur le trône d'Égypte sous le nom de
Sheshonq en 952 avant J.-C., et fonde ainsi la XXIIe dynastie. Il installe sa résidence à
Busbatis, et détache tout de suite des régiments à Fayoum, une ville où plusieurs unités
guerrière égyptiennes sont basées. Ces dernières se rallient finalement à lui le confirmant
ainsi sur le trône. Sheshnaq aurait poursuivi ensuite sa percée vers le Moyen-Orient après
avoir renforcé de cette façon sa coalition en Égypte, il se mit à conquérir plusieurs
territoires en Syrie, Palestine, Phénicie (actuel Liban) et dans le Royaume d'Israël où il
s'empare de Ghaza et pillera Jérusalem. Cet événement biblique est mentionné dans
l'Ancien Testament qui parle du pillage de ce chef Gétule de la tribu des Machaouach.
Les Gétules étaient de remarquables cavaliers et des nomades à l'origine qui se
concentraient dans les oasis du Sahara central algérien. Il est probable que les Gétules ont
découvert le cheval par le biais des Égyptiens, qui l'avaient eux-mêmes découvert par le
biais des peuples d'Asie centrale. Il est également probable que les Gétules furent poussés
à suivre un lent flux migratoire vers le Nord, inversement à leurs ancêtres Capsiens, par la
désertification progressive du Sahara et leur nombre croissant. En tout état de cause au fil
des siècles les Gétules développèrent une cavalerie efficace, et devinrent un peuple nomade
migrant du Sahara vers le Nord de l'Afrique en suivant deux routes principales. L'une est
celle des Gétules orientaux qui les mène vers Chella, l'actuelle Salé au Maroc, et l'autre est
la route qui les mène du désert vers Madaure (actuelle Mdaourouch dans la wilaya de Souk
Ahras). Les Gétules concentrés autour de ce qui est aujourd'hui les territoires des
Nememchas dans l'actuel Souk Ahras et Tébessa sont ainsi le premier peuple nomade en
Algérie à remonter du désert vers le Nord pour exercer une pression sur les occupants des
terres là-bas. En effet plus d'un millénaire après eux, les Berbères Sanhadja et Zénètes
imiteront le même mouvement. Les Gétules pasteurs nomades et guerriers se sont
longtemps contenté de mener des razzias occasionnelles contre les populations
sédentarisées du Nord du pays tout en étant perpétuellement en mouvement. Toutefois
entre le Ve et le IIIe siècle, leur puissante cavalerie, leur nombre impressionnant ainsi que
leur naïveté politique fait qu'ils commencent à devenir l'objet de convoitise stratégique de
la part des acteurs politiques de la région.
Lorsque la première guerre punique éclate en 264 av. J.-C. le général carthaginois Hannibal
Gisco les engage comme mercenaires. La principale raison était que la marine
carthaginoise était dans un état si lamentable que Hannibal avait décidé de prendre la
route jusqu'aux colonnes d'Hercule (actuelle Gibraltar), il engagea la cavalerie Gétule pour
l'accompagner. Celle-ci se révèle non seulement apte à traverser le Maghreb rapidement et
sans problème, mais elle se révèle également d'une efficacité redoutable dans les
campagnes de Hannibal de l'autre côté de la Méditerranée, à commencer par ses
campagnes en Ibérie.
Deux siècles plus tard, les Gétules avaient acquis une grande expérience dans la guerre,
mais surtout une forte expérience dans l'art de négocier leur force mercenaire. C'est alors
qu'en 107 av. J.-C. le roi Jugurtha des Numides, combattant l'armée romaine fait à son tour
appel aux services des Gétules. Les Gétules avant d'accepter, proposent à Rome de faire
mieux, le consul Marius offre à ces derniers la promesse de leur livrer des terres numides
ainsi que la citoyenneté romaine en échange de leur soutien. Les Gétules combattent ainsi
aux côtés des Romains. En 103 avant JC, Jugurtha est vaincu. Les Gétules obtiennent alors
la citoyenneté romaine en grand nombre et de grandes propriétés terriennes, confisquées à
l'État numide défait, aux côtés des soldats Romains qui obtiennent chacun 252 hectares de
terre. Rome cherchant à profiter au maximum de cette opération offre des terres numides
en bordure avec la Maurétanie aux Gétules de sorte à consolider la frontière de leur
nouvelle conquête.
La sédentarisation soudaine des Gétules sur les terres confisquées n'est pas facilement
acceptée par les populations numides défaites. Les Gétules continuent de soutenir les
Romains pendant près d'un siècle pour écraser les révoltes populaires, allant jusqu'à
participer en 19 av. J.-C. à la répression d'une révolte aux côtés de Lucius Cornelius Balbus
Minor. Cette révolte déclenchée à une échelle impressionnante avait enflammé toute
l'Afrique du Nord de la Maurétanie à la Cyrénaïque (actuelle Libye) en passant par les
territoires Garamantes au Sahara et Numides dans le Nord, mais Balbus et ses alliés
Gétules réussirent à l'écraser.
Après un siècle de sédentarisation, la pratique de la cavalerie gétule finit par disparaître, et
le peuple gétule avec. La distribution des terres éparpilla le peuple gétule, et sa
sédentarisation contribua à la disparition de sa cavalerie. Le peuple gétule se fondit ainsi
dans les populations du nord de l'Algérie. Rome avait de cette manière réussi un coup de
maître en amadouant les Gétules et en les poussant à la disparition par la sédentarisation,
car il ne fait aucun doute que les Gétules auraient constitué une menace sérieuse pour la
colonisation romaine en Algérie, et ce particulièrement aux frontières Sud de l'actuel état.
À partir de l'an 250 après JC environ, plus aucune références n'existent au sujet de la
culture et du peuple gétule.

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