lundi 13 juin 2016

Des lestages

par El-Guellil
Depuis l'ouverture de la supérette du quartier, l'épicier chôme. Aujourd'hui, c'est l'aubaine. Ce qui lui «repermet» de jouer le coq et de retrouver ses vieux réflexes aiguisés par les temps du monopole. C'est que fi ramcha, c'est la ruée dans son magasin. «Donnez-moi un paquet !.

- Si tu veux un paquet, tu prends avec deux litres d'huile. Tiens, je t'en donne six puisque tu ne peux payer qu'un kilo de sucre.

Sachant qu'il était le seul à vendre des bougies, il profite pour fourguer en concomitance d'autres denrées. Hé oui, il sont nés chez nous...

- Khafni, rani pressé. La chibania est seule à la maison. Avec cette obscurité, sait-on jamais.

- J'espère qu'ils vont la rétablir avant le mousselssel !

- Ya khi mdina ! Jamais je n'ai vu ça ! Dieu sait que j'ai voyagé. Une panne qui dure tout ce temps !

- Qui t'a dit que c'est une panne générale ? C'est plutôt une extinction de feu générale. Cela s'est déjà passé il y a quelques années. Je ne sais pas si vous vous en rappelez. Le lendemain, on nous avait expliqué que c'était un exercice. Une extinction programmée. En cas de frappes aériennes, dalma fi dalma..., et l'ennemi ne verra que du feu. Je me rappelle quand on était au jbel...

L'épicier le coupe court.

- On n'est pas fi birou «la raindi». Ici pas de politique. On fait de la tijara !», crie l'épicier, impatient de vendre le maximum tant qu'il n'y a pas de lumière.

Un portable sonne à l'intérieur du magasin: «Ya el-portable, issoni bla trici'nti». Tout le monde se met à rire.

- Allô... Ouach ? Chez nous aussi ? C'est normal. En été, il y a souvent «des lestages». Et cette année, c'est à cause d'elmiditi, un lestage de plus ou de moins !.

- Bonsoigh ! Je peux avoir des bougies ? Cette dalma, c'est une aubaine pour nous. Tous les couples vont faire semblant de s'aimer, car ils sont obligés de dîner à la chandelle... Ouella, que pense jaghi le commerson ?

Derrière elle, une voix se met à fredonner: «Ana ouahdi ndaoui el bled...»