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dimanche 15 mai 2016

REFLEXION : 07-TEL HOMME TEL DIEU Par Noureddine BOUKROUH




Aucun non-juif ne voit Yahvé dans chaque juif, mais s’en fait une idée à travers le comportement des juifs.
Aucun non-chrétien ne voit le Seigneur dans chaque chrétien, mais le juge à travers le comportement de l’Église. Les non-musulmans ne voient pas Allah dans chaque musulman, mais s’en forment une notion à travers ce qu’ils observent chez le musulman sunnite ou chiite. 
Avec tout le respect dû aux Saintes Ecritures judéo-chrétiennes, il est difficile de croire que l’Homme a été fait à l’image de Dieu.

L’homme est souvent trop mauvais pour prétendre refléter l’image du Créateur. Il est par contre une autre affirmation selon laquelle c’est l’homme qui donne une image de Dieu. Un philosophe allemand, Goethe, lui a donné une tournure percutante en la faisant tenir dans quatre mots : «Tel homme, tel Dieu.»
La formule ne lèse ni l’Un ni l’autre. Avec la première, on peut craindre une identification avec le Divin, alors qu’avec la seconde c’est une identification du fait d’autrui, et c’est l’homme qui est mis en avant. L’image qu’il peut renvoyer de Dieu est alors relativisée par sa nature, capable du meilleur et du pire. Si elle est mauvaise, elle n’engage pas nécessairement Dieu et ne préjudicie pas à l’idée qu’on peut se faire de Lui. Aucun non-juif ne voit Yahvé dans chaque juif, mais s’en fait une idée à travers le comportement des juifs.
Aucun non-chrétien ne voit le Seigneur dans chaque chrétien, mais le juge à travers le comportement de l’Eglise. Les non-musulmans ne voient pas Allah dans chaque musulman, mais s’en forment une notion à travers ce qu’ils observent chez le musulman sunnite ou chiite. A vrai dire, les gens se forgent une opinion non pas sur Dieu, mais sur les religions selon la représentation qu’en donnent leurs adeptes. C’est comme dans le proverbe «Dis-moi qui tu fréquentes je te dirai qui tu est.» Si vous demandez aujourd’hui à un Occidental pris au hasard à quoi il reconnaît un musulman, il vous répondra en hésitant sur son choix : la burqa, la viande hallal ou la dernière tuerie perpétrée en France. Si vous lui demandez quel est le musulman dont il a le plus entendu parler, il vous répondra sans réfléchir «Ben Laden». Si c’est un Français, il vous répondra «Mohamed Merah». Voilà l’association d’idées entre eux et l’îslam que les islamistes renvoient actuellement au monde. Cette image ne reflète ni Allah, ni le Prophète, ni la majorité des musulmans. En écrivant dans sa Rissalat-Tawhid que «la vie des musulmans est devenue une manifestation contre leur propre religion», Mohamed Abdou donne raison à Goethe sans connaître son aphorisme. L’islamisme ne reproduit pas l’image du Divin, il ne représente pas l’Islam, ni même l’humain qu’il tue au nom d’une fausse idée du Divin. La décadence est une inversion des valeurs, un renversement du sens des choses. Quand on appréhende l’Islam à l’endroit, c’est-à-dire à travers le Coran, on apprend que les religions ont été données aux hommes à un moment de leur évolution pour les aider dans l’organisation de leur vie morale, sociale et matérielle. Quand on l’appréhende à l’envers, c’est-à-dire à travers la manière de voir d’un cheikh islamiste, on apprend que la religion a été infligée aux hommes pour qu’ils adorent Dieu en attendant de retourner à Lui sans pratiquement rien faire d’autre puisque le pétrole, abondant en terre musulmane, le permet. Quand on regarde à l’endroit l’islam, c’est-à-dire à travers le Prophète, on apprend que ce dernier n’est qu’un transmetteur du Message, qu’il n’est pas un intermédiaire entre Dieu et l’homme, et que ce rôle n’a été dévolu à personne. Quand on le regarde à l’envers, c’est-à-dire à travers les enseignements de l’islamisme, on apprend que les ulémas sont habilités à se prononcer sur la foi et la mécréance des gens, à les accepter dans l’Islam ou à les en exclure, et même parfois à décider de leur vie et de leur mort. Il y a de nombreux cas où ce renversement peut être observé. Le chiisme reconnaît au Guide suprême de la Révolution iranienne la qualité d’«Imam infaillible» alors que le Prophète lui-même n’avait pas cette qualité. Un homme peut-il devenir «infaillible» dès lors qu’un collège d’ulémas en a fait un «ayatollah moâdham» ? Comment un être doué de savoir et de sagesse peut-il assumer une telle prétention et accepter une telle responsabilité en pleine lumière de l’histoire ? Au début de la révolution libyenne, cheikh Al-Qaradawi a appelé sur la chaîne Al-Jazeera au meurtre de Kadhafi et délivré sur le pouce une fetwa rendant licite son sang. Est-il un calife ou une cour de justice à lui seul ? Il n’est qu’un halem, même si, le titre «ayant été jugé trop petit pour lui, on le désigne sous celui de «allama» (savantissime). Depuis quelques années, il a remplacé dans ses apparitions télévisées le traditionnel «salamoualeykoum » par un énigmatique «hayyakoum Allah» (Dieu vous salue) comme s’il sortait d’un tête-à-tête avec Dieu dont il nous apportait le salut. Pendant la guerre qui a opposé son mouvement à Israël en 2006, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a présenté un tir de missile contre une corvette israélienne (sans la couler) comme une «victoire d’Allah». On était tenté de lui dire : «Ya samahat ach-cheikh, croyez-vous que si Allah entrait vraiment en guerre, Il se contenterait d’un si petit succès ?» Les résistants de Hamas ont eux aussi l’habitude de faire passer leurs tirs de roquettes sur l’Israël pour des faits de guerre divins. Dieu serai-Il un si mauvais snipper étant donné qu’ils font rarement mouche ? Pourquoi mêler Dieu à tout et à n’importe quoi, et ne pas présenter ses propres actes, bons ou mauvais, comme relevant de sa seule responsabilité ? Pourquoi transférer sur Lui dans beaucoup de domaines notre petitesse, notre ignorance et nos erreurs ? Les Occidentaux inventent régulièrement de nouvelles technologies et font tous les jours de nouvelles découvertes qu’ils se dépêchent de mettre au service de l’humanité gratuitement, ou à bon marché. Et lorsqu’une découverte en médecine, en biologie ou en astronomie, est assez vulgarisée pour parvenir à l’oreille des ulémas, il sort un jour de leur tour d’ivoire un «alem» pour annoncer au milliard de musulmans (dont 70% sont analphabètes selon une agence de l’ONU) que la découverte en question a été visée par tel verset qu’il récite avec une indémontable suffisance. Il clôt son homélie en s’extasiant sur la toute-puissance divine et en s’auto-congratulant pour tant de savoir mis en lui par Allah. Sans nous expliquer pourquoi ce n’est pas lui qui a fait cette découverte, pourquoi il n’a pas informé à l’avance la umma que ledit verset donnerait lieu à cette même découverte, et pourquoi les musulmans n’ont rien inventé ou écrit de notable depuis Ibn Khaldoun. Tout son ilm à lui est investi dans la surveillance méticuleuse de l’oscillation de l’aiguille entre le hallal et le haram, pendant que les juifs, les chrétiens, les hindouistes, les bouddhistes, les shintoïstes et les athées progressent, améliorant leur éducation, leurs performances, dans tous les domaines et, par ricochet, notre bien-être. Comment qualifier l’attitude de celui qui attend que les autres aient fait le travail pour ensuite venir le banaliser, nier leur génie, et renverser l’échelle du mérite au prétexte, qu’étant musulman, il leur serait supérieur ? La vieille culture française possède une expression pour se moquer de l’ignare qui veut en apprendre à plus savant que lui : «Gros-Jean en remontre à son curé.» Ibn Khaldoun a écrit au sujet de ces sophistes qui pullulaient déjà de son temps : «Ils se cramponnent au passé sans comprendre que la perfection n’est pas héréditaire.» Mohamed Abdou les appelait «Ahl Aldjoumoud » (les adeptes de l’immobilisme). Quant à Bennabi, il leur a dédié ce paragraphe de «Vocation de l’islam» (1954) : «C’est ainsi que l’idéal islamique, idéal de vie et de mouvement, a sombré dans l’orgueil et particulièrement dans la suffisance du dévot qui croit réaliser la perfection en faisant ses cinq prières quotidiennes sans essayer de s’amender ou de s’améliorer… Il est irrémédiablement parfait, parfait comme la mort et comme le néant. Tout le mécanisme psychologique du progrès de l’individu et de la société se trouve faussé par cette morne satisfaction de soi. Des êtres immobilisés dans leur médiocrité et dans leur imperfectible imperfection deviennent ainsi l’élite morale d’une société où la vérité n’a enfanté qu’un nihilisme». Ces déformations n’ont pas leur origine dans l’Islam, et on a vu la semaine dernière avec quel esprit de liberté et de créativité il est venu. Elles relèvent de la mégalomanie des hommes et de leur inclination maladive à l’autoritarisme intellectuel et politique. Cette inclination est si puissante qu’elle exige d’être enrobée de sacralité et recouverte de divinité pour être satisfaite. On trouve dans la langue arabe beaucoup d’étrangetés en rapport avec cet aspect, comme l’expression «rab al-â’ila» pour désigner le père de famille, ou celle de «arbab al-âmal» (pluriel de «rab» alors que chez les musulmans Il est par définition unique) pour désigner les organisations patronales. Comment devrait-on alors se percevoir quand on est «décideur» au pouvoir ou «émir» au maquis ? Serait-on à court de mots, ou est-ce par propension à l’auto-divinisation ? Nous, Algériens, sommes parmi les plus vulnérables à cette perversion. Prêtez l’oreille aux échanges verbaux entre deux citoyens qui se battent dans la rue, soyez attentif à votre propre langage quand vous êtes en colère : n’est-ce pas Dieu qui en prend le plus pour son grade ? Au Moyen-Age, la chrétienté avait aussi ses «ulémas ». Le monde occidental était dans les ténèbres et seules les lueurs tremblantes de l’Eglise pouvaient prétendre l’éclairer. C’était avant l’apparition des philosophes, des réformateurs, des savants et des inventeurs en qui l’Eglise verra l’Antéchrist œuvrant à la destruction de la foi chrétienne. Elle persécutera, assassinera et martyrisera bon nombre d’entre eux pour avoir cherché à percer les voies impénétrables du Seigneur. Mais, au fil des avancées de la raison et de la science, elle finit par se raviser et faire son mea culpa, même si c’est avec quelque retard. Le Vatican a réhabilité Galilée en 1992 alors que sa condamnation par le tribunal de la Sainte inquisition remonte à 1633. Chez les musulmans, c’est l’inverse qui s’est produit. L’Islam a tout de suite allumé les lumières de la raison et de la science mais, après quelques siècles, une nomenklatura d’ulémas s’est formée à l’ombre du despotisme et éteignit ces lumières au motif qu’elles nuisaient à la pureté de la foi et à la majesté divine. Au nom d’Allah, ils réduisirent l’islam au fatalisme et aux pratiques rituelles, effacèrent toute trace d’activité intellectuelle et scientifique et bouchèrent les voies susceptibles d’y mener à l’avenir. Ils ont même confisqué le titre de «savant» (alem) aux vrais savants pour le donner aux théologiens, «da’iya» et autres chouyoukh. Allez sur Google et tapez «savants de l’Islam» : le premier nom qui apparaît est celui de cheikh Al-Albani, ce «bahr al-ouloum» dont les Palestiniens se souviennent de la fetwa leur demandant de quitter sur-le-champ la Palestine parce qu’elle était devenue une «terre de mécréance». Alors qu’Al-Birouni, six siècles avant Galilée, a démontré la rotondité de la Terre, l’«Océan de science» comme on appelait cheikh Al-Baz la niée, comme il a nié que les Américains se soient posés sur la Lune, disant : «Si l’homme pouvait arriver à la Lune, le Prophète nous l’aurait dit.» Allez changer des «savants» pareils, allez changer l’idéologie wahhabite qui alimente l’islamisme, allez changer après ça le monde musulman ! Ce n’est pas Al-Baz ou Al-Albani qui aurait accordé une remise de peine à Galilée après «seulement» trois siècles et demi. C’est jusqu’au Jugement dernier qu’il aurait été condamné. Quand il est mort en 2000, cheikh Al-Baz n’a pas été seulement pleuré et son décès considéré comme une perte dont ne se relèverait pas l’islam. On a vu dans sa mort «Un des Signes de la fin du monde». Autant il est normal, compréhensible et logique d’aller des ténèbres vers la lumière, autant il est anormal, incompréhensible et illogique de quitter la lumière pour aller vers les ténèbres. Dans le premier cas, celui du christianisme, c’est un progrès, une croissance ; dans le second, celui de l’islam, c’est une régression, une dégénérescence. On est passé de l’ouverture à la fermeture, de l’ijtihad au taqlid, de la pensée libre, critique et créatrice, à la pensée imitatrice, conformiste et autoritariste. Ce renversement a valu au monde musulman la décadence, le sous-développement, la colonisation, l’islamisme, le terrorisme et l’islamophobie, sans préjuger de ce qui reste à venir. La philosophie est l’élévation des choses simples de la vie à l’altitude où elles révèlent leur nature idéelle. L’islamisme, c’est l’abaissement du divin au niveau le plus bas, l’idée dégradée en fétichisme des apparences, la pathologie maquillée sous la sainteté, l’ignorance déguisée en «ilm»… C’est une maladie intellectuelle, mentale et psychologique qui n’a pas de nom, une pensée unique pétrifiée qui n’a pas seulement perpétué la décadence, mais l’a installée à jamais. Ibn Hanbal, père du littéralisme, du salafisme et du wahhabisme, a précocement enfermé les musulmans dans le problème de l’œuf et de la poule en posant cet interdit : «Prenez garde de parler d’une question dans laquelle vous n’êtes pas précédé par un savant.» Une question nouvelle venant à surgir aujourd’hui n’aurait, à le suivre, aucune chance de trouver réponse puisqu’il faut que le «salaf» en ait traité préalablement. Et si elle n’est apparue qu’hier après-midi ? Et si elle est là depuis des siècles, comme celle du développement, sans qu’aucun alem ne lui ait trouvé de réponse ? Ibn Hanbal y a été lui aussi de sa montagne, avant des centaines d’autres ulémas, il a élevé une barrière infranchissable devant le progrès. Voilà comment la pensée islamique a été cadenassée, camisolée, maillotée comme une momie de l’ancienne Egypte. Dans les sociétés traditionnelles, l’économie informelle prédomine. L’islamisme aussi. D’ailleurs les animateurs des deux marchés sont les mêmes. Le premier est celui des produits matériels, le second celui des produits spirituels. Il est le marché noir où circulent les idées sans facture, où on délivre les «dourous» à la va-vite, où la vente des «haçanate» se fait à la criée, où on pratique le troc des hadiths et des cassettes vidéo… Dans le souk de la pensée informelle, il n’y a pas de règles, de contrôle de qualité, ou de garanties. C’est le bouche à oreille et la transmission orale : ni bons ni écritures comptables. C’est là que la plupart des citoyens viennent se nourrir culturellement car les produits proposés sont alléchants et à la portée du «guellil». C’est là aussi que sont écoulées les marchandises avariées ou contrefaites. On y attrape facilement des maladies comme la folie meurtrière. C’est ce qui vient d’arriver à un chaland devenu célèbre, Mohamed Merah. Les meurtres qu’il vient de commettre en France ont défrayé la chronique mondiale et focalisé de nouveau l’attention sur l’islam. «Tel homme, tel Dieu», se dit-on actuellement dans les salles de rédaction et les chaumières occidentales. Il est mort les armes à la main en criant «Allahou Akbar !», fier de mourir en moujahid, certain de plaire à Dieu, et assuré de rejoindre le Paradis selon ce que la pensée informelle lui a vendu comme credo frelaté. Il est mort pour une fausse cause, celle qu’elle lui a refilée. Il a peut-être fait honneur à l’islamisme charlatan, mais il a sans aucun doute déshonoré l’Islam authentique. Il n’était probablement pas dans l’erreur par rapport aux enseignements clandestins du «djihadisme», mais il l’était assurément par rapport à l’islam de bonne facture. Il n’a apporté par son acte aucune valeur ajoutée à l’islam et aux musulmans, il a au contraire accru leurs difficultés et leur mal-être dans le monde. Comment peut-on espérer plaire à Dieu en assassinant des innocents ? Sinon que serait un tel Dieu ? Je crains que tu ne sois mort pour rien, Mohamed Merah. Les marchands du Temple et les cheikhs des étals sur la voie publique qui t’ont directement ou indirectement monté la tête ne sont pas pressés, eux, d’affronter le RAID, le FBI ou le Mossad. Ils ne sont pas impatients de retourner à Dieu pour profiter du Paradis qu’ils croient pourtant leur être assuré. Eux sont les conseilleurs, et les égarés comme toi les payeurs. Eux sont les stratèges du terrorisme, et les leurrés comme toi la chair à canon. Ils ont besoin de «loups solitaires» pour affirmer leur capacité de nuisance, ils ont besoin de carrossiers comme toi, de marchands de volaille, de tôliers, de chômeurs, d’exclus du système éducatif et de laissés-pour-compte de la société. Toi, tu étais chômeur mais tu touchais le RSA, tu habitais seul dans un quartier résidentiel de Toulouse et tu roulais en grosse cylindrée à vingt ans. Tu as voulu te destiner au métier des armes et n’était ton casier judiciaire chargé, tu aurais servi sous le drapeau français, peut-être en Afghanistan, où tu aurais tué des coreligionnaires. En Algérie, ils sont des dizaines de milliers à avoir compris l’islam à ta manière, fréquenté le souk de l’islam informel, et pris au sérieux les vendeurs à la criée de places de Paradis. Ces trabendistes sont toujours en vie et ne sont pas prêts à la quitter, laissant la sale besogne à des jeunes comme toi. Vous reposez tous sous terre au grand malheur de vos familles, tandis qu’eux sont «hayoun yourzakoun ». Tu croyais, comme des millions de musulmans, qu’ils sont habilités à «expliquer» l’islam alors que tu pouvais le faire par toi-même, par la réflexion, l’étude, la raison et la discussion… Ils n’ont d’habilitation que celle qu’ils tirent de l’ignorance de larges pans du monde musulman aux trois quarts analphabète. Ne l’ayant pas fait, t’en étant remis à des ulémas qui ne sont que des «djouhala», tu es mort en assassin. Le Coran t’avait pourtant averti : «L’encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs». Ce que t’a appris l’islamisme n’est pas la vérité, mais un monde virtuel. Il t’a projeté des films en 3D et donné les lunettes qui vont avec pour que tu te sentes dans le casting, jouant le rôle d’Antar Ibn Chaddad (tu me diras que c’est un héros de la «Djahiliya»), de Ali, de Khaled Ibn Al-Walid ou de Hamza. Mais eux n’ont pas tué des fillettes. Ils respectaient un code d’honneur («hilf Al- Foudhoul», auquel a appartenu Mohammed avant de devenir Prophète) pour le premier, et les lois de la guerre définies par le droit musulman, avant d’être révisées par Ben Laden, pour les seconds. Victime toi-même, tu as fait des victimes qui t’ont précédé dans l’au-delà où il n’y a pas plusieurs Paradis et Enfer. Ces notions ne peuvent pas être mises au pluriel car elles n’existent dans toutes les langues qu’au singulier. L’islamisme sans traçabilité t’a fait croire que le Paradis est réservé aux islamistes et l’Enfer aux non-musulmans, y compris les musulmans qui ne sont pas de leur bord. Ça fera très peu de monde dans le premier, et énormément dans le second. A cette lugubre musique, beaucoup préféreraient la chanson compassionnelle de Michel Polnareff : «On ira tous au Paradis…» Le Coran les y autorise ne serait-ce que dans ce verset : «Dis : Ô mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Car Allah pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux» (39-53). En fait, mon pauvre Mohamed Merah, ce n’est pas à toi que je m’adresse puisque tu es mort. Je m’adresse aux futurs pauvres Mohamed Merah encore en vie en France, quelque part en Occident, en Algérie ou ailleurs dans le monde musulman, actuellement en séance d’endoctrinement ou d’entraînement dans quelque camp afghan, pakistanais ou sahélien, ou qui ne sont même pas nés. Avec l’espoir qu’ils ne suivront pas ton exemple. Alors tu ne seras pas mort pour rien. Tu nous auras juste compliqué la tâche un peu plus car devant ceux qui ne vont pas manquer de nous jeter à la figure «Tel musulman, tel Allah», nous essayerons de faire bonne figure en leur rétorquant tout bêtement : «Tel égaré, tel islamisme.»
N. B.
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