jeudi 12 mai 2016

Le martyre de Larbi Ben M’hidi

Le lieutenant parachutiste Allaire qui l’avait arrêté, apporta son témoignage une trentaine d’années après l’indépendance : «j’aurais aimé avoir un patron comme ça de mon côté. Ben Mhidi, c’était un seigneur ! »
Il a été arrêté par les parachutistes au cours d’une perquisition de routine dans un appartement que les parachutistes soupçonnaient être loué pour le compte du FLN. Situé à côté du lieu de réunion du CCE, à la maison du chahid AMARA au boulevard du Télémly, ce studio de l’ancien quartier Débussy faisait partie des nombreux lieux d’hébergement clandestins utilisés par les dirigeants  du FLN qui s’y rendaient d’une façon inopinée, sans prévenir personne. Ben M’hidi fut reconnu lorsqu’il fut amené au centre de tri.
Les témoignages concordaient sur un point : Il n’a pas été torturé, les soldats de l’armée française avaient compris que cela n’aurait servi à rien. Sa personnalité exceptionnelle a été encore grandie par les éloges particuliers des militaires de l’armée française et les témoignages de ses compagnons de combat. Le colonel  Bigeard remit son prisonnier à une équipe de militaires dirigée par le commandant Aussaresses, sur injonction de son supérieur le général Massu qui avait décidé de l’exécuter afin d’éviter son jugement par un tribunal, ce qui qui aurait, d’après lui, servi la cause du FLN.
Sur les circonstances de sa mort, les témoignages divergent. Yacef Saadi aurait affirmé que sur sa dépouille exhumée après l’indépendance, on aurait trouvé des traces de balles. Un militant du FLN a raconté qu’il avait trouvé le corps du martyr à la morgue et qu’il portait des traces de strangulation. Dans son livre de témoignages, le général Aussaresses raconte l’exécution de Larbi Ben M’hidi. Il parle d’une ferme appartenant à un colon, située sur la route Alger Blida, à peu près à une quinzaine de kilomètres avant Boufarik. Ce lieu n’a pas été depuis retrouvé. L’équipe emmenée par Aussaresses aurait procédé à l’exécution par pendaison.
Le colonel Bigeard révéla plus tard avoir été volontairement absent lorsque son prisonnier fut remis à Aussaresses et qu’il avait demandé à ses soldats de lui présenter les armes, une manière de lui rendre hommage une dernière fois, sachant le sort qui lui avait été réservé.
De sa biographie, on retiendra qu’il était né à Aïn Mlila, qu’il s’était engagé très tôt dans le mouvement national, et que recherché par la police, il avait vécu comme clandestin dans différentes régions du pays. Il a été notamment cadre de l’Organisation Spéciale dans la Région d’Oran, qu’il sera chargé ensuite de diriger à la veille du déclenchement du 1er novembre. C’est à ce titre, que l’Histoire l’a retenu comme membre fondateur du FLN dans le groupe des « six ».  Les témoignages de ses compagnons de combat dans la clandestinité révèlent qu’il fut d’abord un politique, proche des combattants à qui il essayait de faire comprendre la portée éminemment politique de chacun de leurs actes. Il prit une part essentielle dans l’organisation et le déclenchement de la grève des huit jours qu’il avait marquée de son empreinte.
On raconte que s’étant rendu clandestinement en Egypte, il aurait rejoint le pays en déclarant : » je préfère rentrer mourir en Algérie et ne pas voir l’indépendance. s’il le faut. Ces propos et bien d’autres, gravés dans la mémoire populaire témoignent de l’image qu’a retenue de lui la conscience populaire. Parlant de la torture exercée par l’armée française sur les Algériens, il disait en se pinçant le bras : « et toi, vieille carcasse, comment vas-tu réagir ? Seras-tu capable de tenir ? »
Il est difficile de parler de Ben M’hidi de façon neutre et détachée, tant son image dans la conscience populaire est forte et empreinte d’une auréole toute particulière. C’était le chef politique proche du combat quotidien, capable d’entraîner par sa grandeur morale, capable aussi d’imposer le respect à ses ennemis qui décidèrent de l’exécuter pour ne pas avoir à le juger.  

Boualem Touarigt in memoria.dz