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lundi 16 mai 2016

Histoire de l'Algérie : V- Période romaine: (- 25 à 430)



L'histoire et la géographie de l'Algérie sont intimement liées. Ainsi, bien que la civilisation humaine au Maghreb remonte à des millénaires, ce n'est qu'à partir de l'Antiquité que cet espace commence à prendre sa forme actuelle en se scindant en trois régions-peuples :
Maghreb oriental, Maghreb central et Maghreb occidental. La région-peuple du Maghreb central évoluera au fil des siècles en l'État nation algérien moderne. Cet article traite donc de l'histoire de l'Algérie, et non pas seulement de l'histoire de la République algérienne moderne.


V-Période romaine: (- 25 à 430)
L'interprétation historique de la conquête romaine en Afrique, et plus particulièrement sur
le territoire de l'actuelle Algérie, est un sujet historique qui fut très controversé. Les
premières fouilles archéologiques modernes en Algérie furent en effet menées par des
fonctionnaires et militaires français après 1830 : en prétendant se placer en héritière des
Romains, la puissance coloniale française cherchait à légitimer sa conquête. Aussi pendant
très longtemps l'histoire de la conquête romaine fut écrite sur le modèle de la colonisation
française. La décolonisation et l'indépendance en 1962 permirent un tournant
historiographique important, marqué par la publication en 1976 du livre de Marcel
Bénabou sur la Résistance Africaine à la romanisation. Dans l'important débat
historiographique suivant cette publication des prises de position importantes eurent lieu.
Si pour Marcel Bénabou les Africains avaient bien opposé une résistance à la romanisation,
Yvon Thébert insista sur la différence qui existait entre la colonisation romaine et la
colonisation contemporaine : Rome s'appuie sur l'intégration des aristocraties locales, les
Numides ne doivent pas être vus uniquement comme des vaincus, mais aussi comme les
membres actifs d'une intégration à ce qui représentait alors le modèle politique dominant,
et qui leur était familier puisque dès avant l'arrivée des Romains, les aristocrates numides
connaissaient bien la culture hellénique. D'autre part dès la conquête avait commencé un
profond brassage humain entre les immigrants venus d'Italie, les vétérans des légions qui
avaient combattu au moment des guerres civiles notamment et la population indigène qui
donne à l'Afrique romaine sa physionomie si riche et si particulière [6] . La conquête
romaine ne doit donc pas tant être vue comme l'affrontement de deux peuples que comme
la résultante des tensions politiques internes des peuples intégrés à l'empire.
Selon l'historien algérien M. Kaddache L'Algérie dans l'Antiquité, l'exploitation romaine a
eu pour effet de disloquer la société berbère et de faire régresser son niveau de vie. Il faut
toutefois fortement nuancer ses propos, car l'Afrique romaine n'eut rien à voir avec une
colonie au sens moderne du terme. Les expéditions militaires furent sans rapport avec la
sanglante conquête de l'Algérie entreprise deux mille ans plus tard et les quelques milliers
de colons Italiens, dont de nombreux vétérans se sont assimilés aux autochtones en une ou
deux générations via le mariage ce qui était impensable dans l'Algérie française, devenant
des Romano-Africains. Le clivage entre riche et pauvres était une barrière bien plus
importante que celle entre immigrants d'origine et autochtones. Le contraste était en effet
souvent fort entre la munificence des villes, opulentes et romanisées, et le pays profond,
dont les communautés tribales vivaient à distance de la romanisation[7] .
Les Gétules qui formaient la majorité de la population algérienne à l'arrivée des Romains en
l'an –25 étaient de tradition nomade depuis des millénaires. Devenus des guerriers
mercenaires depuis le IIe siècle av. J.-C., ces derniers après avoir offert leurs services aux
Carthaginois, à leurs cousins numides et finalement aux Romains furent poussés à se
sédentariser par ces derniers, tandis que les sédentaires Numides furent détachés de leurs
terres[réf. nécessaire] et réduits à l'exode[réf. nécessaire]. Le stratagème[réf. nécessaire] utilisé par Rome fut en effet ingénieux pour reformer le pays et peut-être résumé en trois étapes.
Sous Auguste (–25 à 25)
Durant le premier demi-siècle de l'occupation romaine
en Algérie, l'effort romain consista à briser
l'organisation sociale[réf. nécessaire] dans le pays. En effet les Gétules qui avaient été jusque là des nomades et ce depuis des millénaires avaient accepté près d'un siècle auparavant déjà, de combattre aux côtés des Romains contre le roi numide Jugurtha, dès 118 av. J.-C. En échange de leur participation importante dans la
victoire obtenue par les légions romaines contre
Jugurtha, ils se sont vu attribuer des dizaines
d'hectares de terre[réf. nécessaire], prises aux numides,
ainsi que la citoyenneté romaine. La propriété terrienne chez les Numides était un point nodal du
fonctionnement de leur société, et la célèbre maxime «                      
l'Afrique aux Africains » prononcée par le roi numide

Massinissa (par le roi Syphax selon certains historiens) plus de deux siècles auparavant
signifiait avant tout que « la propriété terrienne maghrébine doit appartenir aux
Maghrébins »… particulièrement dans son royaume Numide. Taferka (l'Afrique) signifiait la
propriété de la terre chez les Berbères Numides et Aferkiw (les Africains) signifiait le
propriétaire terrien. Ainsi en divisant pour régner, et en échangeant[réf. nécessaire] les rôles
des sédentaires et des nomades dans le pays, Rome brisa le tissu social berbère en Numidie
pour mieux soumettre les habitants. Durant la même période, les villes numides, comme
Cirta (Constantine), la capitale, furent investies par des colons romains, ainsi à Cirta et
dans les villes voisines beaucoup des anciens mercenaires de Sittius s'installèrent.
La réforme sociale[réf. nécessaire] du pays par l'occupation romaine eut diverses
conséquences. Durant ce premier demi-siècle, entre l'an –25 et 25, les populations numides
expropriées[réf. nécessaire] ne se résolurent pas à leur sort facilement, n'ayant pas beaucoup
d'alternatives. C'est alors que plusieurs révoltes éclatèrent. Les Romains dont le nombre de
troupes était inférieur a 20 000 exigent alors des Gétules de former le gros des forces, pour
écraser, sous commandement romain, ces révoltes. Les Gétules acceptèrent de lutter pour
les Romains à partir de cette période donc sans contrepartie, c'est-à-dire en abandonnant
leur pratique du mercenariat, car ils avaient leurs propriétés terriennes à défendre à
présent, et donc leur statut social. C'est ainsi que dès 19 avant JC Balbus appuyé par une
armée de Gétules écrase une révolte, avant que Dolabella ne fasse de même avec l'appui
Gétule encore une fois, lorsqu'une révolte dirigée par Tacfarinas éclate en l'an 17.
Tacfarinas, un descendant de propriétaire terrien Numide exproprie[réf. nécessaire], avait au
début de sa vie active tente de survivre avec des petits emplois obtenus aux alentours des
nouvelles villes Romaines[réf. nécessaire]. Il finit par s'engager comme auxiliaire dans l'armée
Romaine, avant de devenir vraisemblablement excédé par la maigre solde et le traitement
discriminatoire subit par les Numides[réf. nécessaire]. Il déserta alors l'armée, et se
transforma en chef de bande et pillard, se révoltant ainsi contre l'ordre colonial. Au bout de
quelques années, son exemple et ses méthodes furent une telle réussite qu'il parvint à
fédérer des tribus numides Musulames, des tribus Maures ainsi que les Cinithiens et
déclencha une révolte générale contre les Romains. Les Gétules encore une fois furent
appelés à écraser celle-ci, mais à cette époque Rome avait déjà annexé ou transformé en
état vassal, toute la côte du Maghreb jusqu'à Syrte (en Libye). Ainsi la révolte de Tacfarinas
se propagea dans tout le Maghreb, et il fallut 8 années aux Romains et à leurs alliés Gétules
pour l'écraser.
La révolte fut si populaire que même les Garamantes du Sahara vinrent soutenir Tacfarinas
et plusieurs Gétules firent défection et rejoignirent les forces de ce dernier. La raison pour
la défection de ces Gétules étant qu'à chaque fois que ces derniers étaient appelés à la
guerre ils laissaient derrière eux leurs fermes, qui ne produisaient plus autant, et ils se
retrouvaient alors privés de revenus pour payer leurs impôts. Certains finirent par crouler
sous les dettes et durent vendre une partie ou toute leur exploitation, et c'est cette pratique
constante de la guerre et son coût qui mena certains Gétules à rejoindre le camp de
Tacfarinas. Toutefois la majorité des Gétules purent maintenir leur affaires profitables
grâce notamment à des relaxes d'imposition de la part de l'administration romaine qui
comprit rapidement la nécessite d'une telle mesure, ce qui fit pencher la balance du côté de
Rome qui écrasa la révolte de Tacfarinas avec l'aide des Gétules en l'an 24.

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