L’Actualité en temps réel

mardi 29 mars 2016

Oxford Business Group, ou comment « gâcher » sa fête en parlant de l’Algérie après 2030


La scène se déroule dans l’ambiance cossue de la grande salle de l’hôtel El Djazaïr.
Oxford Business Group (OBG) y fête ses 10 années de présence en Algérie. Et fait les choses en grand. Avec un film qui relate les réalisations des dix dernières années en Algérie, correspondant aux dix rapports annuels produits par OBG. Logements, routes, barrages, génération d’électricité, téléphonie mobile : impressionnant. L’organisme britannique «qui a décloisonné l’Algérie vis-à-vis
du monde anglo-saxon» enchaîne avec un panel d’acteurs de l’économie.
La fête continue. Des interventions sur le même ton à la fois protocolaire et promotionnel, avec Joseph Ged, PDG d’Ooredoo, pour les TIC, et Boualem Djebbar PDG de Badr Bank, et délégué général de l’ABEF, pour le secteur financier. Qui nous font brillamment oublier que TIC et finance sont bien, dans l’économie algérienne, les 2 secteurs les plus archaïques comparés aux voisins
maghrébins. Tout va donc très bien. Dans l’humeur grandiloquente des «Grandes réalisations» Bouteflikiennes. Et arrive le grain de sable.
A un moment où l’attention s’est un peu relâchée dans la salle et, où le banquet dans l’arrière-salle a ouvert une concurrence sournoise au panel. Le patron de la CREG, le régulateur du marché de l’électricité et du gaz, Abdelaali Badache, fait tache dans le panel. Il n’a rien à vendre. Et surtout il a des choses sérieuses à dire.
Ce jour-là précisément, devant des ministres et des grands chefs d’entreprise. Mais aussi des ambassadeurs de grands pays partenaires de l’Algérie. Le grain de sable est gros. Il vient du désert. Le modèle national de génération de l’électricité par le gaz naturel est insoutenable au-delà de 2030. Faute de gaz naturel disponible. C’est développé, documenté, chiffré.
La consternation est facilement perceptible. Déjà sur le visage de la modératrice de OBG, qui ne souhaite parler que des «opportunités pour les jeunes entreprises algériennes», mais qui butte sur la placidité de l’intervenant qui, lui, veut aller au bout de son diagnostic. L’Algérie a consommé 39 milliards de m3 de gaz naturel sur son marché domestique en 2015.
Au-delà de 2030 si la croissance de la consommation de l’électricité domestique reste sur la moyenne annuelle actuelle de 7%, il faudra importer un autre combustible pour le parc de centrale électrique nationale. Silence de cathédrale chez les convives.
Importer, ou peut-être mieux : faire le vrai virage vers les énergies renouvelables. En urgence, en retirant ce projet à Sonelgaz et en y mettant les grands moyens.
C’est à cela que veut parvenir le directeur du CREG. Il le dit. L’économie des années Bouteflika est déjà morte. Et cette grand-messe sympathique de OBG en a célébré les moments fastes. Pour finalement s’entendre dire, non pas par un acteur de l’économie, mais par un institutionnel, que la musique s’est déjà arrêtée. Pas comme sur le Titanic où elle a accompagné le naufrage. Il existe des trouble-fête qui peuvent transformer un mariage en enterrement. D’autres les spots festifs en projecteurs sur la vérité. Merci Monsieur Badache.
La banque d’Algérie va rouvrir le robinet du refinancement bancaire en avril prochain. Le gouverneur de la Banque d’Algérie a donc annoncé à l’Assemblée nationale que le guichet de réescompte sera ouvert aux banques pour «s’endetter» auprès de l’institut émetteur. Plus assez de liquidités dans les banques pour soutenir les besoins de financement de leurs réseaux clients.
C’est une mesure revendiquée depuis plusieurs mois qui se déboucle enfin. Elle arrive sans doute en retard d’une année. Les banques commerciales ont déjà réduit la voilure dans les crédits accordés à leurs entreprises clientes. Non pas parce que le business de leurs partenaires était en train de s’effondrer, mais parce que leur ratio de liquidités était en train de passer au rouge.
Comme le plafond des fonds propres qu’une banque algérienne peut prêter (fonds propres prêtables), demeure de seulement 20%, les contraintes sur le crédit à l’économie restent fortes.
A un moment délicat où la pompe de l’investissement a surtout besoin de ne pas se gripper. La Banque d’Algérie va donc enfin tenter de remédier à ce tarissement long mais inexorable des financements bancaires en mettant plus de capitaux à disposition des prêteurs. Il y a une série d’autres mesures que le gouverneur de la Banque d’Algérie a sans doute gardé sous le boisseau afin
d’avoir d’autres munitions si les besoins des banques et de l’économie butaient sur une rareté plus forte des capitaux.
Le choix d’un changement graduel de la politique monétaire de la Banque d’Algérie vers plus de laxisme veut diffuser de la confiance sur la place. «Pas de panique, nous ajustons au fur et à mesure». C’est bien. Mais seulement si le reste de l’ajustement va au même rythme.
Celui de l’action budgétaire notamment. Or, de ce côté, l’Etat va sans doute boucler en 2016 un deuxième déficit budgétaire à plus de 10%, plus de 20% disent les plus pessimistes. Mohamed Laksaci est lent. Mais c’est «le plus rapide» dans les réactions face au contre-choc. C’est dire si les autres ne vont pas vite.
Le CNI s’est réuni jeudi dernier pour autoriser ou pas des investissements étrangers en Algérie. Abdalli Badache a expliqué pourquoi le modèle de financement par l’extraction carbonée est terminé en Algérie. Mohamed Laksaci essaye de s’adapter en revenant doucement au financement monétaire. Abdeslam Bouchouareb, lui, vit toujours en 2008. Le ministre de l’Industrie ne s’est pas offusqué que la tenue de ce Conseil national de l’investissement, CNI, dont il assure le secrétariat, ait été retardé d’un an dans un contexte où l’Algérie est supposée relancer son attractivité pour les IDE.
L’existence du CNI est décriée par plusieurs Think Tank et acteurs de l’économie algérienne. De quoi s’agit-il ? D’une réunion de quelques minutes par dossier qui décide, sous l’autorité du Premier ministre, si tel ou tel projet d’investissement ou figure des capitaux étrangers (à 49%) est éligible aux avantages fiscaux et parafiscaux de l’Etat à travers son agence l’ANDI. Et ce jury, forcément incompétent, bloque la machine de l’investissement durant des mois et des mois, le temps de trouver des compromis bureaucratiques et rarement transparents sur la liste des projets à retenir. Une culbute de sens.
L’Etat omnipotent régule un flux ridiculement faible d’investissements étrangers en les maintenant dans le tiroir durant un an. Rien d’étonnant dans le contexte. Abdeslam Bouchouareb et son département bloquent tout aussi bien l’autorisation d’exportation de Fertial. Conséquence, l’exportateur espano-algérien d’engrais a fermé cette semaine une deuxième usine – à Annaba - un mois après celle d’Arzew. Plus de zones de stockage pour les produits à exporter bloqués par l’administration. Le patron de Fertial n’est pourtant pas Issad Rebrab.
El Kadi Ihsane in elwatan.com