jeudi 31 mars 2016

MAZAFRAN II : À L’ISSUE DE SA SECONDE CONFÉRENCE HIER L’opposition s’en tient à sa feuille de route

La seconde conférence de l’opposition était loin de ressembler à la première, tenue il y a 21 mois, tant dans la forme que dans le contenu, signe on ne peut plus éloquent d’une fin de cycle et de l’impératif de l’enclenchement d’un autre.
 
M. Kebci - Alger (Le Soir) - D’abord sur le plan de la participation avec nombre d’absents de taille à ce conclave qui ont été pourtant de celui du 10 juin 2014. Ni le premier secrétaire national du FFS, ni les anciens chefs de gouvernement Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi, Si-Ahmed Ghozali, ni l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi, encore moins des représentants de l’ex-FIS n’étaient présents en dépit des invitations qui leur ont été adressées. Des défections que de nouvelles têtes ont cependant comblé, comme celle de Saïd Khellil, l’ancien premier secrétaire national du FFS, Saïd Boukhari, une des figures du MCB ou encore celle de Rachid Nekkaz, Hamida Layachi, etc.
Mais la défection la plus significative enregistrée et qui n’a pas manqué d’être remarquée et commentée est sans conteste celle du président du RCD, Mohcine Belabbas, qui s’est fait néanmoins représenter par une forte délégation de son parti.
Une absence pour «raisons personnelles», apprend-on auprès d’un cadre du parti mais qui dissimule en réalité un malaise dans les rangs de l’Icso. Et le constat fait par Ouamer Saoudi, secrétaire national du parti, qui a lu le discours de Belabbas, a fini par confirmer la chose, lui qui recommande une évaluation «sereine» et «sans complaisance» du parcours de l’opposition depuis le premier sommet. «Quand on veut représenter une alternative crédible à un système aussi figé que celui qui a été confisqué à l’indépendance, il faut être d’une lisibilité exemplaire», soutiendra-t-il, avant d’aller au fond de la chose, relevant les «tergiversations pour ne pas dire les tentations d’investissements particuliers ou partisans qui ont été entendues lors de notre première rencontre et ont non seulement brouillé notre message de Mazafran mais réduit notre efficacité politique et médiatique dès lors que nous n’avons pas recadré nos objectifs et méthodes». Un propos qui sonne comme un premier pas du RCD dans la perspective de couper les amarres d’avec l’Icso, tout en se maintenant dans la coordination pour les libertés et la transition démocratique, structure dont il a été un des instigateurs.
Quant au président du parti des Avant-gardes des libertés, il focalisera son allocution sur les dangers à nos frontières. Les frontières qui nécessitent, selon lui, «le consensus national et l’unité sacrée». Ceci tant en avertissant du discours sécuritaire du pouvoir et de ses relais visant à «détourner l’attention de la crise du système» et de «faire taire l’opposition qui demande un changement démocratique».
«Le fardeau qui commence à peser sur notre Armée nationale populaire est réel. (…) En tant que partis d’opposition, nous réaffirmons notre soutien à nos soldats et notre mobilisation avec notre institution militaire», insiste par la suite Abderrezak Mokri, président du MSP. «On voudrait bien que Gaïd Salah nous envoie une lettre de félicitations». «De nombreux frères dans l’opposition ont directement soutenu l’armée.
Aujourd’hui, on attend de cette institution de remplir ses missions et parmi ces dernières, il ne faut pas qu’elle se mêle de la politique», affirmera Djilali Sofiane. Et au président de Jil Jadid d’user de son ironie habituelle, exprimant le vœu de l’opposition que «Gaïd Salah nous envoie une lettre de félicitations pour l’opposition», dans une allusion claire à la fameuse lettre du chef d’état-major au secrétaire général du FLN au lendemain du dernier congrès du FLN. Et dans sa déclaration politique ayant sanctionné les travaux de cette seconde conférence, l’opposition prend à témoin les opinions publiques nationale et internationale quant à nombre de ses positions qu’elle a tenues à rappeler.
Dont l’appel à toutes les composantes de la classe politique à la rejoindre sur la base de la plateforme de Mazafran portant libertés et transition démocratique, qui continue à constituer selon elle, «la référence principale de son action avec ses principes, ses objectifs et ses revendications dont les faits ont confirmé la crédibilité, le réalisme et la possibilité de leur matérialisation pour régler la crise politique, économique et sociale du pays».
L’opposition interpelle encore une fois le pouvoir réel à un dialogue politique national sérieux et sans exclusive autour des étapes et les voies de sortie du pays de la crise économique, économique et sociale. Un pouvoir qu’elle tient, par ailleurs, pour responsable quant à tout dérapage dans lequel le pays pourrait tomber à même de menacer sa stabilité, sa sécurité nationale, au vu de la situation régionale, internationale grave.
Car pour elle, il n’y a que ce pouvoir qui menace cette stabilité et cette sécurité qui pourrait entraîner le pays dans des futilités inattendues, tant le pouvoir n’a pour souci unique que son maintien. Les participants à la conférence d’hier ont également réitéré leur appel à la «civilisation du système politique en éloignant l’institution militaire et sécuritaire des tiraillements politiques pour se consacrer à ses missions constitutionnelles».
L’opposition s’en est remise, enfin, au peuple algérien, l’exhortant à l’accompagner dans son «effort de construction d’un destin commun garantissant à toutes les Algériennes et Algériens les conditions d’une prospérité globale pour une Algérie forte, stable et juste dans le cadre des principes et des objectifs de la déclaration du 1er novembre 1954, constitutif de l’Etat algérien moderne».

IN LSA