APS - ALGÉRIE

lundi 28 mars 2016

Les racines sociales du terrorisme islamiste

On ne va pas commencer à se la ramener à chaque attentat islamiste en Europe, sous prétexte que nous autres Algériens avons vécu tout ça bien avant tout le monde ! Ça nous donne des droits ? Ok. Mais lesquels ?
On ne va pas débouler avec l’autosuffisance narquoise des anciens combattants qui ont tout pigé. On a compris oui, mais quoi ?
On ne va pas nous mettre illico sur le mode «Vous allez voir, hein ! On vous avait prévenus». Et pourtant… Voire !
Alors ? Voilà pourquoi, le cœur déchiré par le martyre de tous ces innocents de Bruxelles, victimes d’enjeux qui semblent nous dépasser tous, — mais ce n’est pas une raison pour ne pas se mêler de ce qui nous regarde —, la seule décence demeure peut-être la compassion et la solidarité. Et la colère ! Salutaire colère face à ces mutants qui sèment la mort au nom d’un obscur et fallacieux paradis à venir et dans l’Au-delà !
On a l’impression de dire ça depuis si longtemps que le cri a fini par se perdre dans l’immensité du désert.
En effet, au milieu de ces corps disloqués, éclatés, déchiquetés, de ces murs éventrés tavelés de lambeaux de chairs sanguinolentes, qu’ajouter ?
Heureusement, il y a les commentaires. Il y a même des logorrhées. Des débits intarissables. Des torrents. Comme quoi la peur ne donne pas que des ailes, elle fait aussi causer. Et faire dire parfois n’importe quoi !
Dans la multitude fleurissent ces expertises ou ces diatribes, c’est selon, de circonstance, délayées par des spécialistes et autres experts que l’on sort de la naphtaline à intervalles fixes avec toujours les mêmes clichés. «In-intégrables» à l’Occident, ces immigrés». «Le culte de la mort est inscrit dans les chromosomes». Et j’en passe ?
C’est l’occasion pour les vendeurs de courant d’air de fourguer aux gogos que nous sommes leur découverte du fil à couper le beurre, sinon les Beurs ou leurs enfants. Bon, on a beau être amers, blasés, il ne faudrait quand même pas verser dans l’excès inverse, celui de les mettre tous dans le même panier.
Oui, on a connu ça et de bien près ! Doit-on rappeler comme on exhiberait un trophée de guerre ou une blessure attestant de notre héroïsme, l’attentat du 26 août 1992 contre l’aéroport d’Alger ? 9 morts, 123 blessés et un traumatisme national, à défaut d’être international comme c’est le cas aujourd’hui. Doit-on déplorer rétroactivement que personne à l’époque, en dehors d’un quant-à-soi éploré, n’ait clamé : «Je suis Alger» ?
Bon, on ne va plus ressortir ça à chaque attentat en Europe, hein ? Car malheureusement, au rythme où ça va, ça risque d’être un chouia répétitif. L’avantage, si avantage il y a, à être un ancien combattant, c’est qu’on a eu le temps de faire le deuil. Ça procure, quand on le vit une seconde fois, une sorte de sang-froid et de recul. Enfin, façon de parler !
Comment le salafisme a-t-il pu, après s’être fait les dents dans des pays comme l’Algérie où il a commis d’innommables ravages à huis clos, s’ancrer en Europe, se greffer sur la ligne de fracture sociale, et convertir instantanément en adorateurs de la mort, puis en bombes humaines, des jeunes désertés par l’espérance, laissés sur le bas-côté du banquet de la mondialisation ? Banquet ? Pas pour tout le monde !
Certains de ces spécialistes nous disent mordicus qu’il n’y a rien de social là-dedans, un peu comme si la seule appartenance à l’aire géographique de l’islam, de quelque façon que ce soit, portait en elle-même une perversion meurtrière. Tu viens d’Algérie ou de Syrie, même si tu es laïque et anti-islamiste à cran, il y a comme un soupçon… Un je ne sais quoi !
Rien de social, vous comprenez, c’est simplement qu’on ne peut les «assimiler» ! Ils ne veulent pas !
Laissez-les mariner ensemble dans un dense ghetto communautaire où sévissent le chômage, la pauvreté et le désespoir social, où domine l’économie criminelle. Confiez ces jeunes à des prédicateurs salafistes. Homologuez les associations religieuses comme interlocuteurs des politiques en tant que représentantes de l’immigration. De temps en temps, adoubez un candidat communautaire aux élections et attendez !
Rien de social.
Parce qu’il y a du fric dans les circuits djihadistes, parce que le wahhabisme matriciel est généreux en pétrodollars, parce que certains terroristes médiatiques, notamment parmi ceux du 11 septembre, appartiennent à des classes de nantis, les causes sociales du terrorisme sont contestées. Y compris dans les pays dits musulmans comme l’Algérie où le terrorisme islamiste a été favorisé par la rencontre entre de jeunes desperados oubliés du développement, avec les imams recruteurs du salafisme et les pétrodollars du wahhabisme. Nier les racines sociales du basculement, c’est s’aligner sur les thèses du mal porté en soi. C’est l’essentialisation qui préside au choc des civilisations.
Il est étonnant de constater que parmi les causes – les fameuses causes, «complexes» comme tu dis — de ce terrorisme, on s’appesantit davantage sur des prédispositions intrinsèques à la criminalité que sur les manipulations autorisées par le mixage des ingrédients sociaux explosifs d’un côté et de l’autre par la bonne entente des Etats européens avec l’Arabie Saoudite et le Qatar, banquiers du désastre. On ne peut pas en même temps se plaindre d’abriter des jeunes susceptibles d’être «radicalisés», et commercer gaiement avec Riyad et le Qatar. On ne peut pas dénoncer les terroristes islamistes et décorer de la légion d’honneur celui qui leur fournit l’argent et la légitimité.
On nous dit aussi que le terrorisme islamiste vise le mode de vie européen qui leur donnerait de l’urticaire. Quand on dit ça, on commet à la fois une erreur et une négligence. L’erreur consiste à ne pas voir que ces attaques massives d’innocents ciblent non pas le mode de vie européen, mais vise à creuser un fossé entre les musulmans et les non-musulmans. Fossé déjà pré-creusé par une méfiance xénophobe à l’égard des immigrés.
La négligence consiste, elle, à zapper cette information essentielle relevée dans un rapport de bureau d’études américaines, selon lequel 9 victimes sur 10 du terrorisme islamiste de par le monde, sont des musulmans. Selon ce même rapport, 3 pays musulmans, Irak, Afghanistan et Pakistan, concentrent les 2/3 des victimes du terrorisme dans le monde.
Rien de social et le terrorisme islamiste en veut seulement à l’Occident ? Oui, là on est tenté de se la ramener et de rappeler quand même…
AREZKI METREF IN LSA