APS - ALGÉRIE

jeudi 24 mars 2016

Fethi Merad Boudia : un professeur algérien à l’Académie française de chirurgie


Fethi Merad Boudia 
Vouloir discuter avec le docteur Fethi Merad Boudia, c’est prendre le risque de voir sa conversation interrompue par les coups de fil et les demandes émanant de la « petite armée », qu’il dirige. 25 résidents, autant d’externes, une dizaine d’internes… Le service de chirurgie générale du centre hospitalo-universitaire de Bab El Oued (hôpital Lamine Debaghine, ex-Maillot), dont il est à la tête depuis deux ans, est constamment en effervescence.


Le jeune membre de l’Académie française de chirurgie a été honoré par ses pairs lors d’une cérémonie qui s’est déroulée à Paris, le 20 janvier dernier. À ses côtés, le travail d’un autre Algérien a été reconnu, il s’agit du professeur Messaoud Zitouni, le « patron » ou le « père » comme le surnomme tour à tour le Dr Merad Boudia. « Je suis fier d’avoir été son élève, interne, assistant, résident… », explique celui qui dispose également du titre de professeur. 

La médecine, une histoire de famille

Chez les Merad Boudia, famille originaire de Tlemcen, le scalpel passe de main en main. Les frères, Kheireddine et Bachir, sont également médecins. Le premier est un cardiologue reconnu et dirige le service de cardiologie du CHU Mustapha Bacha, à Alger. En France, le cousin, Zoher Merad Boudia, exerce dans la cancérologie et participe activement à la recherche dans le domaine.
Pour Fethi Merad Boudia, la médecine n’était pourtant pas une vocation. Né en novembre 1954, ce « fils de la révolution » veut être pilote ! Sa mère, qui doit s’occuper seule d’une fratrie de dix enfants après la mort de son mari lui oppose un franc refus. Son fils sera médecin et il « ouvrira les ventres ». Le père, lui, décède d’un cancer en 1961, après avoir tout vendu et expatrié la famille vers la France pour se soigner. Ce dernier, sentant l’imminence de l’indépendance et sa fin proche, laisse des consignes claires, sa progéniture ne restera pas en France. C’est ainsi que le jeune Fethi commence sa scolarité à Paris avant que la famille ne revienne à Alger en 1965.
« Ce que femme veut, Dieu le veut », dit un célèbre proverbe. « Le désir de la mère a été exercé par un chemin chaotique », précise Fethi Merad Boudia. À son retour de vacances à l’étranger, le jeune bachelier est pris au piège. Ses proches l’ont inscrit en médecine à la faculté d’Alger. Il se résigne et envisage dans un premier temps de devenir psychiatre avant de suivre le chemin du grand frère en se tournant vers la chirurgie cardiaque. Mais, cette spécialité « l’emmerde », nous confie le professeur dans un franc-parler rafraîchissant. Finalement, Il se dirigera vers la chirurgie générale et notamment la chirurgie digestive qu’il juge « plus passionnante ».

Un homme de science

Cohérence. Voilà un mot qui ponctue allègrement son discours et qui définit bien le personnage. Considéré comme un « mentor » par certains de ses élèves, les médecins qui travaillent avec lui louent son « apport scientifique important », son exigence et sa capacité à transmettre ses connaissances. « Je ne fais que mon travail », tranche celui qui refuse un quelconque statut de héros. Très pointilleux, il ajoute obligatoirement un argumentaire à chaque affirmation et s’interroge toujours sur ce récent intérêt de la presse pour sa personne. « S’il y avait vraiment un portrait à faire, ce serait celui de ma femme ! ». Le Dr Zahida Bairi Merad Boudia, est elle-même professeur et chef du service ophtalmologique du CHU de Blida. « C’est un petit bout de femme qui a su s’imposer au sein de la société algérienne en toutes circonstances ».
Une femme qui lui apporte aussi son soutien quand il décide de partir pour Paris en mai 1993, lui permettant ainsi de se consacrer entièrement au travail. Au départ, l’objectif est de gagner en expérience et de revenir avec un article rédigé. Relégué au statut d’interne alors qu’il est déjà chirurgien, il passe ses journées à l’hôpital et décroche le Graal, un poste de chef de clinique ! L’expérience qui devait durer six mois, se terminera finalement en 1999. Il quitte alors l’Assistance publique des hôpitaux de Paris pour revenir à Alger.
Son séjour en France transforme complètement sa vision des choses. Dès lors, il consacrera beaucoup de temps à la recherche médicale et scientifique ainsi qu’à l’enseignement, en tant que professeur au sein de l’hôpital universitaire. À ce titre, il a été admis à l’Association de recherche en chirurgie française, ce qui lui a permis de partager son expertise lors de Congrès internationaux et à travers son statut de « reviewer » pour la revue scientifique World Journal of Surgery.
Auteur de nombreux articles, qui demandent des mois de travail et qui sont publiés dans des revues scientifiques indexées, lui qui exerce depuis plus de 35 ans, révèle que la tâche la plus aisée reste « le bloc ». « C’est comme une immunité diplomatique », lâche-t-il en souriant, car lorsqu’il est dans son bureau, pas le temps de contempler la vue méditerranéenne. La charge administrative est importante et la gestion des étudiants, prenante.
« J’ai deux axes, le malade et l’étudiant. Il faut les impliquer, on les fait participer autant qu’on le peut », détaille le professeur, qui anime régulièrement un séminaire de rédaction d’article médicale et de méthodologie. Selon lui, le problème de la prise en charge universitaire réside dans le nombre important des étudiants. À sa résidente, qui nous explique le dévouement de son professeur, ce dernier répond modestement : « des Merad, il y en a des millions, je suis content de rendre service à mes élèves ».
Quant à son entrée à l’Académie française de chirurgie, il ne la considère pas comme une fin en soi mais plutôt comme un « accomplissement, une fierté », qui vient récompenser un travail de longue haleine dans la recherche.

Naissance

29 novembre 1954 à Tlemcen

Études

Faculté de Médecine d’Alger : spécialité en chirurgie, 1986
Professeur en chirurgie de la Faculté de Médecine d’Alger, 2011

Parcours

– 1986-2014 : Exerce à la clinique des Orangers, à Alger (aujourd’hui EPH Djilali Rahmouni)
– 1993 à 1999 : Chef de clinique, Hôpital Louis Mourier, Assistance Publique – Hôpitaux de Paris
– 2014 à ce jour : Chef de service au CHU de Bab El Oued, Alger
– Occupe la fonction de secrétaire général de la Société algérienne de chirurgie durant trois mandats
– 1993 à ce jour : membre de l’Association de recherche en chirurgie française
– Depuis décembre 2015 : membre à titre étranger de l’Académie française de chirurgie

Citation

« À l’intelligence du cerveau, la générosité du cœur ».
 TSA