APS - ALGÉRIE

jeudi 16 novembre 2017

Les campagnards


L'élégance de la primature de liste recommanderait de la mesure et exigerait l'affranchissement de toute tutelle à l'exception de celle du succès et de la réussite.


Ils sont dans les salles, dans des enclos, dehors ou à proximité. Les plus hardis choisissent le temps et l'espace, les autres subissent l'humeur et le hasard.

Leurs missions : acquérir des voix, dissiper l'incertitude et grossir leurs rangs. Leurs moyens : une belle affiche enjolivée, des tournées et autres choses. Bref. C'est le travail collégial qui doit en finalité aboutir à un résultat probant. Mener campagne suppose en filigrane une adhésion obligatoire et sans failles de tout le collectif mis en selle. Elle ne pourra supporter pour un meilleur avenir des complexités qui puissent miner l'harmonie substantielle des éléments d'une liste ou d'une autre.
Ensuite, viendra sans doute cette sérénité, cette confiance en soi que l'on part toujours en ayant un esprit gagnant. Il a été constaté que certains esprits enténébrés et enivrés par une fausse gloire pensent qu'en étant tête de liste, ils exercent une hiérarchie sur les autres. Si les uns prennent leur parti pour une administration, les autres le considèrent comme une entreprise industrielle ou une minoterie. L'élégance de la primature de liste recommanderait de la mesure et exigerait l'affranchissement de toute tutelle à l'exception de celle du succès et de la réussite. Un commandant plein et confiant fait fonctionner toute son équipe, utilise tous ses moyens. Aller en campagne est une organisation mentale qui ne souffre d'aucune jalousie et ne cultive la peur d'aucun rival. La pire des pathologies partisanes reste cette attitude que l'on prend par peur de se voir dépasser par l'autre. Alors que les compétitions sont ouvertes et les comptes sont tirés ; s'abstenir de tirer inutilement sur l'autre devient un comportement de noblesse politique et de loyal combat.
Le parti sous la main d'un maître devra veiller sans cesse à surpasser le défi inter-hommes et éliminer cette envie féministe d'être toujours le premier ; qui avec la bénédiction irréfléchie de certains aristocrates du parti, protecteurs de petits parrains locaux, n'arriveront en bout de parcours qu'enfoncer dans la haine et le mépris toute la glorieuse trinité des initiales des partis. Le discours qu'ils auraient à prononcer, se référant à la modernité de style sans la pratiquer ; tinterait telle une cloche d'airain dans l'oreille d'un sourd ou s'irradierait comme un éclair embrasé ne pouvant briller dans l'iris d'un non-voyant. La réalité reste dure tant que le candidat se prend pour tous les électeurs. L'urne, à l'entendre est une familiarité, un jeu d'enfant. Le ton d'une campagne s'est mal accompagné au seul son de la diversion qui érode les cellules organiques des partis en mal d'adhésion populaire. Trop de partis tue les partis et peu de partis rétrécit la démocratie. Les gens ne semblent pas avoir trop d'entrain pour se démarquer au vote malgré la profusion des menus offerts. La faute n'est pas celle de l'Etat. Elle relève des partis et de la loi qui les régit et régit aussi le régime électoral. Les candidats, tous partis confondus auront à eux seuls le mérite d'obtenir ou des gains de voix ou c'est à la disgrâce de les poursuivre.

En fait d'élections, un phénomène est en phase d'installation dans nos mœurs politiques qui fait dire à chaque électeur qu'il n'est pas obligé de voter parti mais aura la possibilité de jeter son choix sur des personnes. Sa voix ira, quelque soit la bannière politique, vers le candidat le mieux estimé, le moins connu (dans les affiches électorales) et le plus apte par expérience et formation à s'acquitter parfaitement des taches qui lui incomberont à l'avenir. Donner sa voix est une responsabilité, certes invisible mais porte un engagement moral inestimable.

L'électeur, chose légitime ; doit avoir cette certitude de mettre son choix là où il croit pouvoir réaliser au moins l'une de ses simples rêveries. Une bonne représentation. Une représentation loin d'une fausse façade ou d'un banal remplissage de siège. Ainsi les ténors, les éternels, les caciques et les carriéristes ne feront pas uniquement perdre le parti. Ils continueront à l'encrasser, le barbouiller. Leurs prétentions parfois malencontreuses ne sont pas de nature à agrémenter le climat politique national. La perte de voix et l'érosion du capital-confiance qu'avait pu engranger quelque part l'élan législatif, resteront de la responsabilité du candidat. S'il perd il doit périr. Car en pareilles circonstances, le parti est largement suranné sinon dévoré par ses propres condisciples. Si la sanction dans un parti était prise au bout du résultat final d'une élection, la prochaine élection servirait de leçon à qui oserait encore causer de l'aventurisme au parti. Autrement dit, si une locomotive n'avait pu tracter le nombre de wagons (sièges) que détenait le parti, il est suicidaire de lui confier encore un autre attelage ou lui faire un appel d'appui. C'est pour cette raison que les nouveaux ne feront pas long feu. La braise est trop ardente pour ne pas attiser ce feu dévorant. Il y a cependant cette lueur juvénile et neuve qui vient tel un éclat de soleil pour faire grandement peur aux grosses ténèbres. Elle finira contre moult obstacle par faire renaitre le brin d'enthousiasme d'antan et fera exploser les mauvaises manières quant à la gestion des cités. Que ceux qui n'ont pu réaliser un résultat au moins à l'égal du score précédant, aillent se recycler ailleurs. Chez eux. Terminer la somnolence qui les caractérise.

Avoir une opinion, la défendre et accepter l'autre opinion dans toute sa contrariété n'est pas chose aisée. Ceci n'est pas l'apanage des campagnards ; ces gens qui s'agitent dans un verre croyant changer ainsi le monde. Il est un trait de civilité et de tolérance. Un honneur pour ses afficheurs.

Oser taxer l'autre de tous les noms, juste pour son comportement contradictoire au tien n'est pas à même de créer l'enthousiasme nécessaire. Se prendre pour un partisan invétéré alors que l'on a qu'un minime capital de partisannerie et non pas un militantisme agissant est pire qu'une pathologie virale. En vertu de quoi un partisan éjecté des listes accuse ceux qui y sont portés d'arrivistes ? N'était-il pas à son tour un jour, il y a quelque temps un simple arriviste?

Cette campagne aura vu quand bien même une certaine accalmie sur les écarts de langage et sur les tirs croisés des uns contre les autres. Il y a tout de même du positif, de nouveaux visages, une nouvelle dynamique nonobstant la résistance qui persiste à gagner du terrain presque sur tous les plans. Son seul tord reste cette pratique obsolète et infructueuse de prétendre coller une multitude d'affiche, d'aller serrer des mains dans des souks ou porter des cravates occasionnelles est suffisant pour récolter des voix.

Alors que la réalité est toute autre. L'électeur a déjà au préalable fixé son choix s'il est intéressé par la chose publique, l'autre le plus important dans le corps électoral demeure celui qui est marqué par l'indécision. Le marketing politique aurait voulu que l'on aille, apres l'assurance de ses fervents adeptes, vers les voix à prendre, celles qui sont au stade de la maturation.

Cependant, elle aura également vu sortir de la bouche de certains candidats des contradictions flagrantes d'intonation dans le discours politique. Un élu consommé dans un parti se trouve candidat dans un autre ne serait pas, par principe apte à convaincre plus d'un. Le double discours, la recherche de l'emploi pérenne dans un siège électoral, la quête du p'tit confort personnel ne sauraient jamais faire de la transhumance un mode de la bonne gouvernance politique. L'idéologie n'est aucunement mise en valeur, sauf dans certaines formations politiques. Elle est reléguée à ne s'inscrire que dans un papier central dit de programme politique. Je n'ai pas entendu dire la promotion du socialisme ou de son contraire. Les subterfuges sémantiques sont employés pour dissimuler la pensée de l'orateur. La justice sociale, l'égalité des chances, le travail et le logement pour tous et d'autres slogans génériques sont les vitrines publicitaires des meetings et des regroupements électoraux.