APS - ALGÉRIE

vendredi 29 septembre 2017

EL DJAZAïR, Récit d’un roman national L’Algérie sous la colonisation (3e partie et fin)

Par Ammar Koroghli

Selon une légende tenace, le «coup de l’éventail», datant de 1827, a été le coup d’envoi du blocus maritime d’Alger par la marine royale française. L’aventure coloniale avait pour objectif de consolider l'influence française dans le bassin occidental de la Méditerranée.
Le 5 juillet, les Français occupèrent Alger ; le même jour, le dey Hussein signa l'acte de capitulation. Premières conséquences : l’effondrement du pouvoir ottoman, le pillage des caisses de l'Etat, l’expulsion des janissaires d'Alger vers l'Asie mineure et l’accaparement par la France de toutes les terres du beylik. Le 1er décembre 1830, Louis-Philippe nomma le duc de Rovigo chef du haut-commandement en Algérie pour mettre en œuvre la colonisation dont la violence est notoire. Après avoir battu Abd-El-Kader, le général Desmichels signa avec ce dernier un traité qui reconnut l'autorité de l'émir sur l'Oranie et permit à la France de s’installer dans les villes du littoral. Officiellement, le 22 juillet, la Régence d'Alger devint «Possession française d'Afrique du Nord». Abd-El-Kader battit le général Trézel dans les marais de la Macta, près de Mascara. Il put également encercler la ville d'Oran durant une quarantaine de jours. Arrivé en renfort de métropole, le général Bugeaud infligea une défaite à celui-ci. Courant janvier 1836, le général Clauzel s’empara de Mascara et de Tlemcen.
Le traité de la Tafna fut signé le 30 mai 1837 entre le général Bugeaud et l'émir Abd El Kader. Ce dernier établit sa capitale à Mascara. Le comte de Damrémont, devenu gouverneur général de l'Algérie en 1837, se mit en rapport avec le bey de Constantine pour obtenir une convention similaire se heurtant au rejet d’Ahmed Bey. Courant octobre 1837, ledit gouverneur général se mit en marche sur Constantine fort de dix mille hommes. Après sept jours de siège au cours desquels le comte de Damrémont fut tué, la ville fut conquise.
En 1839, l'armée française ayant entrepris d’annexer un territoire situé dans la chaîne des Bibans (chaîne de montagnes du nord d’El Djazaïr), l’Emir Abdel El Kader considéra qu’il s’agissait d'une rupture du traité de la Tafna. Il reprit alors sa résistance ; il pénétra dans la Mitidja et y détruisit la plupart des fermes des colons français. Il constitua une armée régulière (dix mille hommes, dit-on) qui reçut leur instruction des Turcs et de déserteurs européens. Il aurait même disposé d’une fabrique d’armes à Miliana et d'une fonderie de canons à Tlemcen. Il reçut également des armes provenant d’Europe. Nommé gouverneur général de l’Algérie française en février 1841, Bugeaud arriva à Alger avec l’idée de la conquête totale de l'Algérie. Par l’entremise des «bureaux arabes», il recruta des autochtones tout en encourageant l’établissement de colonies. Il a pu dire alors : «Le but n'est pas de courir après les Arabes, ce qui est fort inutile ; il est d'empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer, […] de jouir de leurs champs […]. Allez tous les ans leur brûler leurs récoltes […], ou bien exterminez-les jusqu'au dernier.» Ou encore : «Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Fumez-les à outrance comme des renards.» De fait, en mai 1841, l’armée française occupa Tagdemt (situé à Tiaret qui fut capitale des Rostémides), puis Mascara pratiquant la razzia et détruisant récoltes et silos à grains. Il semble que l’Emir Abd-El-Kader fit, en vain, appel au sultan ottoman. C’est ainsi que courant mai 1843, le duc d’Aumale prit par surprise la «smala» d’Abd-El-Kader faisant trois mille prisonniers (smala : réunion de tentes abritant les familles et les équipages d'un chef de clan arabe qui l'accompagnent lors de ses déplacements).
En février 1844, la France mit en place une direction des affaires arabes pour contrôler les bureaux arabes locaux dans les provinces d’Alger, Oran et Constantine avec le dessein de disposer de contacts avec la population autochtone. Fin mai 1844, des troupes marocaines prirent d’assaut les troupes françaises installées dans l’Oranie, mais furent repoussées par le général Lamoricière. Réfugié au Maroc, l’Emir Abd-El-Kader a pu décider le sultan Moulay Abd-El-Rahman d’envoyer une armée à la frontière algéro-marocaine provoquant ainsi des incidents qui, après d’infructueux pourparlers, décida le général Bugeaud de repousser l'armée du sultan marocain qui fut défaite (bataille d'Isly). L'armée marocaine dut se replier en direction de Taza, obligeant le sultan à interdire son territoire à Abd-El-Kader qui finit par se rendre aux spahis (à l'origine, les spahis furent un corps de cavalerie traditionnel du dey d'Alger, d'inspiration ottomane ; lors de la conquête de l'Algérie par la France, ils furent intégrés à l'Armée d'Afrique qui dépendait de l’armée de terre française). L’Emir Abd-El-Kader fut d’abord placé en résidence surveillée durant quatre ans en France (il fut libéré par Napoléon III), puis résida en Syrie jusqu’à la fin de sa vie. C’est ainsi que la Constitution française de 1848 fit de l’Algérie une partie intégrante du territoire français, notamment par l’institution de trois départements français : Alger, Oran et Constantine, les musulmans et les juifs d'Algérie étant considérés des «sujets français» avec le statut d’«indigènes». La résistance continua d’être vive en Kabylie et dans l’oasis des Zaatcha dans l’actuelle wilaya de Biskra. Plus tard, la domination française s'étendit à la Petite Kabylie. Jusqu’en juillet 1857, le la résistance continua dans le Djurdjura avec Lalla Fatma n'Soumer.

Révoltes constantes
A la veille du début de la conquête française, on estimait la population algérienne à trois millions d'habitants. La violente guerre de conquête, notamment entre 1830 et 1872, explique le déclin démographique de près d’un million de personnes. On évoque également les invasions de sauterelles entre 1866 et 1868, les hivers très rigoureux à la même période (ce qui provoqua une grave disette suivie d'épidémies tel le choléra). Pour les Européens d’alors, cette donnée était bénéfique dès lors qu’elle diminuait le déséquilibre démographique entre les «indigènes» et les colons. Et ce, outre que le nombre important de constructions détruites avait pour dessein de gommer l'identité d’El Djazaïr. L’objectif était de détruire matériellement et moralement le peuple algérien. Sous Napoléon III, il fut question d’un «royaume arabe» lié à la France avec celui-ci comme souverain. A la même période, on a estimé que quelque deux cent mille colons, français ou européens, possédaient environ sept-cent mille hectares. D’un point de vue législatif, il y eut le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 inspiré par le Saint-Simonien Ismaël Urbain, ayant trait au statut personnel et la naturalisation de l'«indigène musulman» et de l'«indigène israélite» (voire à la naturalisation des «étrangers qui justifient de trois années de résidence en Algérie», appelés plus tard «pieds noirs»). Force est de constater qu’en décembre 1866, furent créés des conseils municipaux élus par quatre collèges séparés : français, musulmans, juifs et étrangers européens, les Français disposant des deux tiers des sièges.
La révolte de 1871 est considérée comme la plus importante insurrection contre le pouvoir colonial français. Ainsi, plus de deux cent cinquante tribus se soulevèrent (environ un tiers de la population de l'Algérie d’alors). Elle fut menée depuis la Kabylie (les Bibans ou Tiggura) par le cheikh El Mokrani, son frère Boumezrag et le cheikh Haddad (chef de la confrérie des Rahmanya). Après cette révolte, plus de cinq cent mille hectares furent confisqués et attribués aux «émigrés hexagonaux» suite à la défaite française de 1870 face à l’Allemagne. C’est ainsi que de 245 000, le nombre des colons aboutit à plus de 750 000 en 1914. A la même date, le nombre des Djazaïris («indigènes») passa de deux à cinq millions. Après la chute de Napoléon III, les tenants de la Troisième République préconisèrent une politique d'assimilation, notamment par la francisation des noms et la suppression des coutumes locales. Le 24 octobre 1870, en vertu des décrets du Gouvernement provisoire, le gouvernement militaire en Algérie céda la place à une administration civile. La nationalité française fut accordée aux juifs d'Algérie (décret Crémieux) qui furent néanmoins soumis à l’antisémitisme des colons.
En accordant aux juifs algériens le même statut que les Français d'Algérie, ce décret divisa les autochtones qui continuèrent de vivre dans une condition de misère accentuée par de nombreuses années de sécheresse et de fléaux. Les biens des insurgés algériens de 1871 furent confisqués. Ainsi, une loi du 21 juin 1871 attribua quelque cent mille hectares de terres en Algérie aux «migrants d'Alsace-Lorraine». Et le 26 juillet 1873 fut promulguée la loi Warnier qui eut pour objectif de franciser les terres algériennes. Le 28 juin 1881 fut adopté le code de l'indigénat qui distingua deux catégories de citoyens : les citoyens français et les sujets français («indigènes»). Ces derniers furent soumis au code de l'indigénat qui les priva de leurs libertés et de leurs droits politiques (seul fut conservé le statut personnel, d'origine religieuse ou coutumière).
Lors de la Première Guerre mondiale, la France mobilisa les habitants des départements français d'Algérie : musulmans, juifs et Européens. C’est ainsi que les tirailleurs et spahis musulmans combattirent avec les zouaves (unités françaises d’infanterie légère) européens et juifs d'Algérie. Il semble que près de 48 000 Algériens furent tués sur les champs de bataille lors de la Première Guerre mondiale, ayant été de toutes les grandes batailles de l'armée française (notamment de celle de Verdun). Plus tard, en 1930, la célébration par la France du centenaire de la «prise d'Alger» fut ressentie comme une provocation par la population. Le projet de loi Blum-Viollette (Front populaire) pour l'attribution de droits politiques à certains musulmans sera rejeté à l'unanimité lors du congrès d'Alger du 14 janvier 1937. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, plus de 120 000 Algériens furent recrutés par l'armée française. Avec l'occupation allemande (1940-1944), plusieurs centaines de musulmans («Nord-Africains») installés en France furent engagés pour constituer ce qui a été appelé la «Légion nord-africaine». De trois millions en 1880, la population d’El Djazaïr passa à près de dix millions en 1960 pour environ un million d’Européens.
Il semble qu’à la veille du déclenchement de la guerre d’indépendance, certaines villes sont à majorité musulmane comme Sétif (85%), Constantine (72%) ou Mostaganem (67%)». L'essentiel de la population musulmane était pauvre, vivant sur les terres les moins fertiles. La production agricole augmenta peu entre 1871 et 1948 par rapport au nombre d'habitants, El Djazaïr devant alors importer des produits alimentaires. En 1955, le chômage était important ; un million et demi de personnes était sans emploi (la commune d'Alger aurait compté 120 bidonvilles avec 70 000 habitants en 1953). Dans ce cadre, l'Algérie était composée de trois départements, le pouvoir étant représenté par un gouverneur général nommé par Paris. Une Assemblée algérienne fut créée ; elle était composée de deux collèges de 60 représentants chacun : le premier élu par les Européens et l’élite algérienne de l’époque et le second par le «reste de la population algérienne».
Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques en Algérie (MTLD) de Messali Hadj avait alors obtenu une large victoire lors des élections municipales de 1947 ; ce parti devint la cible de la répression des autorités françaises. Il y eut ensuite des fraudes massives lors de l’élection de l'Assemblée algérienne.
Il est vrai qu’au début du XXe siècle, les leaders algériens réclamaient alors tantôt le droit à l'égalité, tantôt l'indépendance. C’est ainsi que plusieurs partis furent créés : l’Association des Oulémas musulmans algériens, l’Association de l'Etoile nord-africaine, le Parti du peuple algérien (PPA), les Amis du manifeste des libertés (AML), le Parti communiste algérien (PCA)…

Le 8 mai 1945, prélude à la révolution
Le 8 mai 1945 eurent lieu des manifestations d'Algériens dans plusieurs villes de l'est du pays (notamment à Sétif, Kherrata et Guelma), et ce, à la suite de la victoire des Alliés sur le régime nazi. A Sétif, la manifestation tourna à l'émeute.
La répression par l'armée française fut des plus brutales : plusieurs centaines de milliers de morts parmi les Algériens. Cette férocité sans nom eut pour conséquence davantage de radicalisation. Certains historiens ont pu estimer que ces massacres furent le début de la guerre d'Algérie en vue de l’indépendance. Devant l’inertie des leaders qui continuaient de tergiverser, apparut l'Organisation spéciale (OS) qui eut pour but d’appeler au combat contre le système colonial devenu insupportable. Elle eut pour chefs successifs : Mohamed Belouizdad, Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella.
Le Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA) fut créé en mars 1954 et le Front de libération nationale (FLN) en octobre 1954. En Algérie, le déclenchement de la guerre de Libération nationale est caractérisé comme étant une révolution (en France, on utilisa le terme de «guerre d'Algérie» après l’avoir désigné comme étant des évènements d'Algérie jusqu'en 1999).
L'action armée intervint à l’initiative des «six historiques» : Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Mourad Didouche, Mohamed Boudiaf, Belkacem Krim et Larbi Ben M'hidi lors de la réunion des 22 cadres du CRUA. La Déclaration du 1er novembre 1954 fut émise depuis Tunis par radio.
La guerre d'Algérie débuta le 1er novembre 1954 avec quelques soixante-dix attentats dans différents endroits d’Algérie. La réponse de la France ne se fit pas attendre ; des mesures policières (arrestations de militants du MTLD), militaires (augmentation des effectifs) et politiques (projet de réformes présenté le 5 janvier 1955). François Mitterrand a pu alors déclarer : «L'Algérie, c'est la France.» Il déclencha la répression dans les Aurès ; ce qui n’empêcha pas l'Armée de libération nationale (ALN) de se développer. De quelque cinq cents hommes, elle augmenta ses effectifs en quelques mois pour atteindre quinze mille et plus tard plus de quatre cent mille à travers toute l'Algérie. Les massacres du Constantinois des 20 et 21 août 1955, notamment à Skikda (alors Philippeville), constituèrent une étape supplémentaire de la guerre. La même année, l'affaire algérienne fut inscrite à l'ordre du jour à l'Assemblée générale de l'ONU, tandis que plusieurs chefs de l’insurrection de l’armée furent soit emprisonnés, soit tués (Mostefa Ben Boulaïd, Zighoud Youcef…). Des intellectuels français aidèrent le FLN, à l'instar du réseau Jeanson, en collectant et transportant fonds et faux papiers.
Le 22 octobre 1956 eut lieu le détournement de l’avion qui transportait la délégation des principaux dirigeants du FLN : Mohamed Khider, Mohamed Boudiaf, Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, Mostefa Lacheraf. Ce fut là un acte caractérisé de piraterie aérienne. De même, il y eut l'opération d'intoxication de la bleuite (1957-1958) menée par les services secrets français ; le colonel Amirouche Aït Hamouda mit alors en place des purges internes (Wilaya III) qui firent de très nombreux morts dans différentes wilayas. Plus tard, le France déclencha de grandes opérations (plan Challe 1959-1961), les maquis ayant été sans doute affaiblis par ces purges internes. Ce plan amoindrit davantage les maquis. Arrivé au pouvoir, Charles de Gaulle engagea une lutte contre les éléments de l'Armée de libération nationale algérienne (ALN). Il semblerait que le plan Challe ait entraîné, en quelques mois, la suppression de la moitié du potentiel militaire des wilayas.
Les colonels Amirouche Aït Hamouda et Si El Haouès furent tués lors d'un accrochage avec les éléments de l'armée française. En 1959, à sa sortie de prison, Messali Hadj fut assigné à résidence.
En France, les Algériens organisèrent des manifestations en faveur du FLN. En 1960, le général de Gaulle annonça la tenue du référendum pour l'indépendance de l'Algérie ; certains généraux français tentèrent en vain un putsch en avril 1961. Il n’est pas anodin de rappeler qu’en février 1960, la France coloniale a procédé à un essai nucléaire de grande ampleur dans la région de Reggane (Sud algérien). Avec 17 essais nucléaires opérés par la France entre les années 1960 à 1966, il semble que 42 000 Algériens ont trouvé la mort ; des milliers d'autres ont été irradiés et sujets à des pathologies dont notamment des cancers de la peau.
Le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) fut proclamé avec à sa tête Ferhat Abbas. Le colonel Houari Boumediene était alors le chef d’état-major de l’Armée de libération nationale. En 1960, l'ONU annonça le droit à l'autodétermination du peuple algérien. Des pourparlers avec le GPRA furent organisés pour aboutir aux accords d'Evian (18 mars 1962). Ce qui ne mit pas fin aux hostilités puisqu’il y eut une période de violence accrue, notamment de la part de l’OAS. Près d’un million de Français (pieds-noirs, harkis et juifs) quitta l'Algérie entre avril et juin 1962.
Le référendum d'autodétermination (1er juillet 1962) confirma les accords d'Evian avec 99,72% des suffrages exprimés. Le bilan de cette guerre, en termes de pertes humaines, continue de soulever des controverses des deux côtés de la Méditerranée. Si El Djazaïr se considère avec fierté comme le pays du million et demi de chahids, en France circulent d’autres chiffres qui oscillent entre 250 000 à 300 000 morts.
Outre cette comptabilité macabre, bien d’autres sujets continuent de constituer un contentieux entre les deux pays. Il est vrai aussi que la guerre fratricide entre le FLN et le MNA (mouvement de Messali Hadj) fit quelques centaines de morts tant en France qu’en Algérie (notamment à Melouza), outre le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu.
Ce, sans oublier les luttes pour le pouvoir : d’un côté, le pouvoir civil avec le GPRA présidé par Ferhat Abbas appuyé par les Wilayas III et IV, et de l’autre, le pouvoir militaire (le «clan d'Oujda») et l’«armée des frontières») avec à sa tête Houari Boumediene.

De la République algérienne depuis 1962
A l'indépendance, El Djazaïr est sortie exsangue des suites de la guerre, des conflits internes et du départ massif des Européens ayant servi d'encadrement durant la période coloniale. Ce, outre le conflit avec le Maroc en 1963 («guerre des Sables») et plus tard le différend quant à la question du Sahara occidental depuis les années 1970. Ainsi, après plusieurs mois d'incidents frontaliers, il y eut une guerre ouverte (notamment dans la région algérienne de Tindouf) pour s’étendre ensuite à la région de Figuig, au Maroc.
L’Organisation de l'unité africaine (OUA) obtint un cessez-le-feu définitif le 20 février 1964, la frontière entre les deux pays étant inchangée. L'armée française évacua ses dernières bases en Algérie (enclaves autorisées par les accords d'Evian) : Reggane et Béchar (1967), Mers el-Kébir (1968), Bousfer (1970) et B2-Namous (1978). Ainsi, nonobstant l’indépendance, la France continua d’avoir des bases en Algérie. Le GPRA de Ferhat Abbas fut évincé par l’ALN au profit d’Ahmed Ben Bella qui fut ainsi le premier président de l’Algérie indépendante du système colonial français. Le FLN devint parti unique et prôna un socialisme à l’algérienne marqué par le populisme et le culte de la personnalité. Le coup d’Etat du 19 juin 1965 vit l’accession de Houari Boumediene au pouvoir jusqu’à sa mort en décembre 1978. La politique suivie fut ce qui a été qualifié par le régime en place de «socialisme spécifique» avec la mise en place de la planification de l'économie et la bureaucratie d’Etat. La rente pétrolière devait servir à la mise sur pied d’une industrie lourde («Révolution industrielle») aux côtés de la «Révolution agraire» (qui eut pour conséquence de marginaliser l’agriculture avec comme conséquence l’importation croissante des produits alimentaires par l’Algérie). Il y eut la «Révolution culturelle» avec notamment une scolarisation massive et une arabisation volontariste de l'enseignement avec des résultats que d’aucuns contestent.
En 1979, Chadli Bendjedid devint le nouveau chef d'Etat. Des réformes économiques avec une libéralisation «sauvage» et une corruption crescendo due à l’affairisme d’Etat. En 1985, l'effondrement des prix des hydrocarbures, l'endettement excessif de l'Etat et l'explosion démographique eurent raison de cette «nouvelle politique économique». Le pouvoir dut également faire face aux mouvements populaires : Printemps berbère de 1980, émeutes de Sétif en 1986... En octobre 1988, l'armée fut instrumentalisée pour tirer sur les émeutiers (plus de 500 morts ?). Le pouvoir concéda une forme de multipartisme par l’autorisation de la création d’associations à caractère politique. Le pouvoir promulgua une nouvelle Constitution qui devait favoriser l’accession d’El Djazaïr à la démocratie.
En 1991, le processus électoral fut interrompu à la suite de la victoire électorale du Front islamique du salut (FIS) aux législatives. Ce qui entraîna une guerre civile (officiellement, il s’agit d’une «tragédie nationale»), notamment entre l’Armée algérienne et les groupes islamiques armés (GIA). Et ce, durant plus d'une décennie s’étant terminée avec quelque 200 000 morts parmi lesquels des femmes, des enfants, des intellectuels, des étrangers ainsi que des villages isolés (Bentalha), sans omettre les considérables dégradations des infrastructures publiques et économiques. Face à cette situation, le pouvoir oscilla entre dialogue avec l'opposition et répression. L’assassinat de Mohamed Boudiaf en 1992 plongea davantage l’Algérie dans une période trouble.
Le 16 novembre 1995, le général Liamine Zeroual devint président, suite à des élections présidentielles jugées pluralistes, mais aucun accord concret ne fut trouvé pour régler la crise multiple vécue alors par l’Algérie, nonobstant la trêve observée par l'AIS (branche armée du FIS) et la loi dite de la «rahma» pour les terroristes repentis.
La démission de Zeroual en 1999 fut suivie par l'élection d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République. Se voulant candidat indépendant, il fut soutenu selon nombre d’observateurs par l'armée, ses adversaires s’étant retiré la veille du premier tour des élections. Le nouveau président afficha une volonté de parvenir à la paix civile.
C’est ainsi que la loi dite de la «concorde civile» fut votée et approuvée par référendum ; ensuite, il y eut une politique dite de «réconciliation nationale». Il a été réélu pour un troisième et quatrième mandat, après amendement de la Constitution. Cette opération est considérée par beaucoup comme une violation du texte fondamental qui date de la période de Zeroual dont le principe premier a été de limiter à deux mandats l’accession à la présidence de la République.
Dans une prochaine contribution, je reviendrai sur l’histoire politique de l’Algérie post-indépendance, étant rappelé que n’étant pas historien de formation, je veux seulement inscrire mes contributions dans l’exercice de ma citoyenneté pleine et entière de Djazaïri.
A. K.

Bibliographie (non exhaustive)
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