APS - ALGÉRIE

jeudi 26 janvier 2017

Trump, un extraterrestre ?

Par Maâmar Farah
farahmadaure@gmail.com

Trump est-il vraiment l'homme opportuniste, dédaigneux et égocentrique, parano et totalement étranger aux choses de la politique ? Est-il un danger pour l'Amérique ? Pour le monde ? L'image que nous vendent les médias dominants qui ont pris l'habitude de tout régenter par leur bêtifiante propagande et la suprématie des idées imposées par leurs patrons ; cette image n'est jamais conforme à la réalité. L'opinion américaine a eu l'occasion de le vérifier à plusieurs reprises. A la télévision, média populaire dominant, les networks majeures ont développé des programmes qui volent au ras des pâquerettes, programmes qui ont émigré en Europe et que l'on peut voir désormais sur les chaînes d'en face. En plus, ces chaînes mentent tout le temps. Sur tout et sur rien. Dernier scandale : tout était manipulé sur la Syrie !
C'est quand même un monde étrange ! Alors que le risque de déflagration nucléaire s'approchait du zéro sur le décompte final, par la faute d'une politique agressive menée par Mme Clinton et Kerry, voilà que Trump promet la paix avec la Russie ! Bonne nouvelle, non ? C'est une mauvaise chose, nous disent les faiseurs d'opinion américains et les élites européennes. La guerre serait donc meilleure que la paix !


En vérité, le programme de Trump sera une véritable catastrophe pour les patrons de l'industrie de guerre, pour les milieux financiers, pour les néo-conservateurs et tout le système qui a fini par s'accommoder du bipolarisme partisan qui irrigue les institutions. A part quelques discours marquants dont les bonnes intentions ne furent que rarement concrétisées sur le terrain et quelques accords flamboyants, l'administration démocrate Obama a fait la guerre aux peuples du Proche-Orient comme l'avait faite le républicain Bush. Et nous étions bien naïfs de croire que les malheurs du monde allaient s'arrêter avec le départ du richissime Texan. Trump casse la baraque et annonce qu'il ne fera pas la guerre pour la démocratie ailleurs. Imaginez les sommes colossales qui ne vont plus aller dans les caisses des faiseurs de conflits militaires ! Ces derniers, avec les milieux de la finance et les grands groupes multinationaux touchés par la fin de la délocalisation, ainsi qu'une partie de la maffia, ont peur de Trump. Et comme ils contrôlent les médias, on comprend pourquoi l'homme est sous le coup des critiques depuis la campagne électorale jusqu'aux derniers événements ayant succédé à son investiture. Curieux quand même que l'on manifeste contre un Président élu démocratiquement ! Peut-être que la démocratie à l'occidentale ne donne pas toujours de bons résultats et l'on n'oubliera jamais que Hitler est l'enfant d'un processus électoral démocratique. Ça ne vous rappelle rien ?
Un mot sur la Palestine : Trump, en bon Américain, ne peut être qu'un allié d'Israël, obéissant presque à un réflexe pavlovien. Sa vision est celle de la droite pure et dure, mais n'est pas le prolongement d'un ancrage sioniste, ce dernier étant justement celui de tous ces ennemis politiques. A ce titre, il est moins dangereux que Mme Clinton et s'il posera problème avec ses probables décisions d'encourager la colonisation et de transférer son ambassade à El Qods, il faut malheureusement se rendre à l'évidence : nous, les partisans de la Palestine libre, ne pourrons que «dénoncer» !
Face à cette «impopularité» manipulée qui sera passagère car le peuple américain jugera l'homme à ses actions et non en épousant les élucubrations des éditorialistes, il faut laisser le temps au temps. Il nous semble que l'Amérique va retrouver ses dimensions populaires authentiques, un mélange de capitalisme atavique, de comportements chauvins et de puissante force de travail. Une Amérique judéo-chrétienne intolérante et impassible aux humeurs du temps et aux modes passagères. C'était cela l'Amérique avant le grand tourbillon émancipateur des années 70. Trump, c'est le contraire d'une révolution. Les anciennes valeurs seront de retour, y compris cet irrésistible appétit de l'argent dont il est le symbole. Que les vrais riches soient au cœur du pouvoir est loin d'être une hérésie au pays du libéralisme. C'est le fameux rêve américain qui entre à la Maison Blanche et cela est comme un beau happy end hollywoodien.
Cela me ramène à la position d'une partie de nos élites, visiblement incapables de penser par elles-mêmes et qui s'empressent, à chaque fois, d'aller chercher, en Europe ou aux USA, des repères, des positions, des jugements qui servent des agendas non algériens. Que le rose bonbon ou le bleu républicain glissant peu à peu vers la xénophobie, - fidèles serviteurs d'un gouvernement supranational au service des grands groupes financiers et des fabricants d'armes - que ce rose et ce bleu se sentent menacés par la fin de la déréglementation, par la fin des interventions militaires «rentables», par la fin de l'Otan superpuissante et arrogante, par la fin prochaine de l'Europe et le retour de la souveraineté nationale, pose problème à la France, à l'Allemagne et aux autres pays d'en face, c'est normal. Mais pas à nous ! Au contraire, saisissons cette chance pour ancrer davantage notre protectionnisme et donner un grand coup dans la fourmilière des importations et cessons de vouloir aller à l'OMC au moment où le patron du libéralisme veut la quitter ! Comprenons nos intérêts, tous nos intérêts et rappelons à la nouvelle administration américaine que ses choix de tout mettre au service de la lutte anti-terroriste nous conviennent plus qu'à tout le monde et que nous avons souvent hurlé, seuls, que l'intervention étrangère était la source de tous les maux !
Quant à ceux qui, chez nous, s'inquiètent de l'avenir des minorités américaines, des femmes et de toutes les catégories sociales défavorisées, disons simplement que ce n'est pas notre combat. C'est celui des élites de la gauche américaine qui doivent arrêter de se bercer d'illusions et s'organiser pour défendre leurs intérêts. Et si Trump est intégriste, c'est à elles de s'y opposer, comme nous l'avons fait dans les années 90. Je n'ai pas le souvenir de quelque soutien que ce soit de l'Amérique qui, au contraire, accueillait des personnes ayant un lien étroit avec le terrorisme ! Je n'ai pas le souvenir d'articles de presse saluant les marches contre l'intégrisme armé, comme celle du RCD, stoppée par une bombe, ou celle du million de femmes en 1995. Ce n'est pas notre combat. Ce n'est pas notre affaire. Nous avons trop fait pour les opposants américains en accueillant des mouvements interdits, comme celui des «Panthères noires». Et si certains s'inquiètent du sort des musulmans et des Noirs, je leur rappelle qu'il y a, en ces nuits de froid intense, des Noirs musulmans, nos frères venus des profondeurs de l'Afrique, qui souffrent au bas de leurs immeubles. Avant de penser à ceux de Miami ou de Detroit, faites un geste pour ces êtres humains qui ne garderont de notre société que la hideuse image du racisme et de l'indifférence !
Les élites d'Europe ont raison de s'inquiéter de Trump. Les monarchies arabes, qui ont trop fait de mal, ont aussi raison de trembler. Pas nous ! Nous avons toutes les raisons de croire que l'heure de vérité, notre heure, est venue pour sauter dans le bon wagon.
M. F.

in LSA