APS - ALGÉRIE

mercredi 20 juillet 2016

L’effet Sanders

Par Ammar Belhimer
ammarbelhimer@hotmail.fr

Bernie Sanders a fini par adouber Hillary Clinton mardi dernier et refuser l’offre de ralliement qui lui a été faite par le Green Pary. Sa décision a surpris plus d’un, intervenant plus tôt que prévu, y compris parmi ses plus fervents soutiens comme le quotidien progressiste The Nation qui, dans son édition du 7 juillet, passait en revue les concessions que Sanders pouvait arracher au parti de l’establishment (*).
Le journal rappelait que certains partisans de Clinton avaient naïvement cru que Bernie Sanders allait abandonner sa campagne désespérée et rentrer à la maison au premier vote des primaires.

Et d’anticiper en écrivant en substance : «On peut imaginer Bernie et Hillary se tenir la main et chanter d’une seule voix ; l’image relève toutefois «de la carte postale, pas de la politique.»
«La politique est une question de pouvoir, et Bernie Sanders a encore un pouvoir considérable. Pas seulement parce que 13 personnes millionnaires ont voté pour un juif ouvertement socialiste de Brooklyn et du Vermont, ou qu’il a gagné dans 23 Etats (ainsi que les démocrates à l'étranger).»
Ce pouvoir, il l’a également parce que près de 1.900 délégués lui sont déjà acquis pour la convention de Philadelphie, parce qu’il a tout de même pu lever plus de 229 millions de dollars provenant entièrement de petits donateurs, ce qui, pour le quotidien La Nation, «démontre que le Léviathan du financement des entreprises a un ventre mou».
La Nation propose de chercher le pouvoir de Sanders en dehors de ces atouts, qui valent déjà leur pesant d’or : «Il y a autre chose qui définit Sanders ; au contraire de Hillary Clinton en 2008, il n’est pas en quête d’un emploi. Contrairement à Clinton, qui a occupé un poste dans l'administration Obama pour maintenir sa visibilité politique, Sanders n'en a pas besoin et ne semble pas vouloir quoi que ce soit pour lui-même. Ce qui ne fait qu'ajouter à son pouvoir.»
L’équipe de Clinton réalise son pouvoir et se comporte en conséquence : elle est aux petits soins avec lui, œuvrant intelligemment à associer nom à toute victoire contre le monstre Trump.
Sanders a déjà fait écho à cet appel en déclarant : «La tâche politique majeure à laquelle nous sommes confrontés au cours des cinq prochains mois est d'assurer que Donald Trump soit vaincu.» Et vaincu de la plus belle des façons. Ce à quoi s’ajoutent certaines de ses appréciations positives sur les fléchissements enregistrés dans le programme de Clinton, comme sa nouvelle proposition sur le financement des collèges qu’il salue comme «une avancée révolutionnaire».
Il est donc certain que Sanders continuera à peser de l’intérieur et de l’extérieur du parti démocrate pour «libérer la politique électorale du carcan de l'influence des entreprises, réparer notre système de justice pénale cassé, faire des soins de santé un droit humain, arrêter le rationnement de l'enseignement supérieur en fonction de la capacité de payer, mettre fin à notre dépendance aux combustibles fossiles, et inverser la tendance de notre pays à l'accélération de glissement vers l'oligarchie».
Telles sont ses exigences, récemment affichées dans les colonnes du Washington Post. Clinton a déjà accédé à nombre d’entre elles comme l’interdiction de la peine de mort, la fermeture des prisons privées, l’institution d’une taxe sur les transactions financières, l’extension de la couverture sociale ou la quête d’un nouveau Glass-Steagall Act - une loi de 1933 dont l’abrogation en 1999, à la faveur de la vague néolibérale, a aboli la séparation entre les banques de dépôts et les banques d’investissements, provoquant dans son sillage la ruine des petits épargnants, propriétaires et retraités.
Toutefois, Sanders n’est pas sans ignorer, comme le lui rappelle The Nation, que «pour forcer les changements, il a besoin de plus que de simples engagements de plateforme.»
En gros, il lui est conseillé de consolider son assise sociale et institutionnelle, y compris au Congrès et dans l’exécutif, «pour faire avancer son programme».
Sanders a également ses exigences en matière de politique extérieure, avec une sensibilité plus grande pour le commerce équitable, l'environnement, les Palestiniens. Ses positions lui ont frayé une notoriété croissante qui couvre toute la gauche du parti démocrate. Le Green Party l’invite à sa prochaine convention devant se tenir à Houston en août.
Le quotidien britannique The Guardian anticipe une ruée des partisans de Sanders vers le Green Party plutôt que vers Clinton(**). Jill Stein, une médecin du Massachussetts, qui devrait être propulsée à la tête de ce mouvement écologique vise rien de moins qu’un «objectif à court terme» viable : atteindre 15% dans les sondages nationaux, ce qui lui donnerait une place dans les débats télévisés, ou au pire 5% de ces mêmes sondages qui lui assureraient la partie du financement fédéral vert à la prochaine élection. Dans l’éventualité d’un ralliement de Sanders à Clinton, Jill Stein ne désespère pas de récupérer «beaucoup de ses partisans très déçus» mais soucieux d’éviter que leur mouvement politique termine «au cimetière aux côtés de Hillary Clinton». L’opération de charme vise particulièrement «ses jeunes partisans progressistes» : «Nous pouvons faire ressortir 43 millions de jeunes dans cette élection», a-t-elle dit.
Stein, qui a obtenu près de 470.000 votes en tant que candidate du parti vert en 2012, était à entre 4 et 6% des intentions de vote dans les sondages avant la décision de Sanders de soutenir Clinton.
Elle a perdu Sanders, mais ne désespère pas de récupérer ses partisans.
A. B.

(*) D.D. Guttenplan Twitter, «Politics ain’t day camp.», The Nation, 7 juillet 2016
http://www.thenation.com/article/when-should-bernie-sanders-endorse-hillary-clinton-not-yet/
(**) The Guardian, vendredi 8 juillet 2016