dimanche 19 juin 2016

Plaidoyer pour une réforme de l’Islam

Par Nour-Eddine Boukrouh

«Celui qui accomplit un effort de réflexion (ijtahada) et réussit aura droit (dans l’au-delà) à deux récompenses ; s’il échoue, il aura droit à une.»
(Hadith)
Fort de cette assurance du Prophète (QSSSL), nous allons plaider dans cette contribution, qui sera suivie d’autres, en faveur d’une réforme de l’Islam. Selon notre modeste «ijtihad», car la question nous taraude depuis longtemps, le moment est venu de poser la problématique de la réforme de l’Islam en cette étape critique de son devenir. Il est impératif de réformer l’Islam de l’intérieur car, en tant que système de valeurs et de religion majeure de l’humanité, il est en danger d’être détruit par l’inconscience de ses «ulémas» et la barbarie d’une espèce humanoïde surgie en petit nombre mais partout. Qui se souvient dans l’ambiance actuelle qu’il a été derrière une grande civilisation, de grands exemples moraux, des leçons humanitaires emblématiques, une littérature flamboyante, des arts dont la trace demeure en divers endroits de la planète, une musique qu’on étudiait comme une science, des savants, des philosophes avant-gardistes et des inventeurs de techniques ? Pourquoi chercher à réformer l’Islam plutôt que de plaider en faveur d’une législation visant à le contenir dans la sphère privée ? Parce qu’aussi difficile, aussi sacrilège, aussi inconcevable que puisse paraître l’idée de le réformer, elle est encore plus envisageable que de croire pouvoir le balayer puis le cacher, comme la poussière, sous le tapis. Des pays comme la Turquie et la Tunisie qui pensaient, depuis les années 1930 pour la première et les années 1950 pour la seconde, que la laïcité s’était définitivement ancrée dans leurs sociétés avaient lancé à la cantonade «Vogue la galère !» en croyant naviguer sur une mer de tranquillité.
Puis un jour, quelque chose se produisit, des troubles éclatèrent, le peuple fut consulté et le djinn d’Aladin jaillit du fond de la bouteille pour rafler la mise électorale. On a vu aussi en Orient et en Occident des hommes ayant reçu des formations supérieures et scientifiques dans les meilleures universités du monde se ranger derrière des cheikhs incultes ou se compromettre dans des actions de terrorisme. Qu’on le veuille ou non, notre être y est chevillé ; il est incrusté dans notre inconscient collectif et notre imaginaire ; il a conditionné notre histoire et est un marqueur de notre identité ; il domine notre culture sociale, nos mentalités, nos mœurs, notre habillement, notre langage et notre espace public ; il est au cœur de notre Constitution, de notre législation, de notre code de la famille, de notre système éducatif, de notre paysage politique, de nos programmes télé ; il est au centre de nos débats et différends politiques ; des centaines de milliers d’Algériens sont morts et d’autres continuent de tomber en rapport avec lui ; il entre pour beaucoup dans le regard que nous jetons sur les autres, les non-musulmans ; nous sommes touchés par ce qui arrive aux musulmans dans le monde, victimes ou par leur faute… La réforme de l’Islam, la réforme de la vision du monde des musulmans est indispensable dans l’intérêt de l’Islam, des musulmans, des relations entre les peuples et les religions, de la paix dans le monde et de l’humanité dans son ensemble. Cette réforme n’est pas un enjeu philosophique, mais stratégique ; l’enjeu ne concerne pas Dieu mais l’avenir de la planète devenue exiguë et ses parties interdépendantes. Quand l’une est malade, les autres s’en ressentent. Dans l’immédiat, il s’agit de préserver son pays de l’autodestruction qui peut le viser d’un jour à l’autre ; d’arrêter le bain de sang au nom de l’Islam ou en relation avec lui ; de réconcilier les musulmans entre eux, avec le monde, l’humanité, la modernité, la gouvernance démocratique ; de vivre en paix avec les non-musulmans et de contribuer au progrès humain. Il est vital de réformer la vision du monde des musulmans car leurs idées courantes, leurs mentalités et les comportements qu’elles induisent sont devenus, sous l’influence de «chouyoukh», d’«ulémas» et de chefs de guerre déconnectés de la marche de l’Histoire des sources de blocage à leur évolution et des générateurs de conflits qui ont fait de quasiment tout «dar-l-islam» un «dar-l-harb » (champ de bataille). C’est toute la «weltanschauung» de l’Islam, notre compréhension du Coran, nos idées arrêtées qui ont impérativement besoin d’être revues de fond en comble pour rendre peut-être possible un nouveau départ dans l’Histoire à l’instar des nations qui ont surmonté leur décadence et lancé au XXe siècle un «nouveau cycle de civilisation» : Japon, Inde, Chine, Corée du Sud...
L’Islam n’est pas que le Coran et l’exemple du Prophète. C’est aussi et surtout ce qu’en ont fait les hommes en quinze siècles en divers points de la terre, ce qu’y ont ajouté les haines tribales qui ont survécu à l’Islam, les conflits politiques précoces pour la prise du pouvoir, le laxisme des «ulémas» dans ces crises, les interprétations des écoles juridiques, les écrits bons et mauvais, anciens et récents, des uns et des autres, les traditions de peuples de toutes les races, les siècles de décadence, la dégénérescence de la foi en maraboutisme, la colonisation, l’échec des politiques d’inspiration marxiste ou libérale au XXe siècle et, bien sûr, l’Islam politique. L’islam historique est l’œuvre des hommes, et c’est aux hommes qu’il revient de le réformer. C’est sur cette partie que devra porter la réforme que nous appelons de nos vœux mais pas seulement, puisque, joignant l’acte à la parole, nous allons essayer d’y contribuer avec quelques idées.
A voir l’état dans lequel il se trouve, il est impossible de nier que rien ne va plus dans le monde de l’Islam et qu’il court à sa perte, pan par pan, pays après pays. Déjà largement sous-développés, traînant en queue de peloton de l’humanité dans tous les domaines hormis celui de la violence, loin derrière les nations issues de religions jugées inférieures à la leur (hindouisme-Inde, judaïsme-Israël, bouddhisme-Chine et Corée du Sud, christianisme-Occident, shintoïsme-Japon…), bon nombre de pays musulmans sont entrés, avec le troisième millénaire, dans une guerre de religion anachronique qui s’est déjà soldée par des centaines de milliers de morts, accroît les souffrances de leurs populations, pousse à l’exil leurs maigres ressources en matière grise et démantèle les fragiles Etats péniblement édifiés au cours du XXe siècle.
Dans cette guerre mondiale intra-islamique, toutes les raisons de s’entretuer ont été activées en même temps : régimes despotiques refusant le changement démocratique ; manigances de puissances étrangères pour sécuriser leurs sources d’énergie, protéger leurs alliés ou maintenir leur zone d’influence ; procédés sournois des Etats-pivots chiites et sunnites dans leur lutte par groupes armés interposés pour le leadership régional ; nouvelles aspirations identitaires et nationales…
Rares sont les pays musulmans qui ne sont pas touchés par cette guerre qui rappelle la guerre du Péloponnèse qui a emporté la civilisation grecque : chiites contre sunnites en Irak, Syrie, Yémen, Pakistan, Liban, Bahreïn, Arabie Saoudite ; sunnites contre sunnites en Afghanistan, Somalie, Turquie (Kurdes), Egypte, Libye, Mali, Algérie et Tunisie (terrorisme), Maroc (Sahara occidental) ; Indonésie (il n’y a pas longtemps) ; sunnites d’un côté (Daech) et sunnites, chiites, chrétiens et yazédis à la fois de l’autre ; affrontements sporadiques ou permanents entre musulmans et non-musulmans au Nigeria, Cameroun, Kenya, Philippines, en Centrafrique, Inde (Cachemire), Birmanie, Chine, Russie, Thaïlande…
Enfin, actions terroristes ponctuelles partout sur la planète qui, même lorsqu’elles ne sont pas commises par des musulmans de souche, le sont par des sociopathes occidentaux convertis à l’Islam pour assouvir leurs instincts sanguinaires. Avant, d’innombrables Occidentaux chrétiens ou juifs, savants, philosophes, artistes, orientalistes, hommes d’Etat et d’Eglise se convertissaient à l’Islam conquis par sa spiritualité, ses valeurs morales, ses vertus altruistes, sa tolérance, son passé, sa vérité métaphysique ou les accointances du Coran avec la science moderne. Même les musulmans ayant trouvé asile dans le reste du monde ne vivent pas tranquilles, pris en tenaille entre les pressions exercées sur eux par la montée de l’islamisme, d’un côté, et l’islamophobie qu’il a déclenchée en réaction à ses provocations, de l’autre.
Le monde musulman comme entité sociale, organique et politique, comme «oumma», n’existe plus depuis la fin du califat abbasside. Mais il n’a jamais cessé d’exister comme conglomérat culturel et mental, comme vision du monde entretenue par un savoir religieux périmé et comme psychologie soumise à l’irrationnel. Dans quel pays n’y a-t-il pas eu de problèmes ces dernières décennies ? En Indonésie qui se remet à peine des attentats de Bali qui ont fait des centaines de morts et de blessés ? En Malaisie où c’est grâce à sa structure ethnique composite qu’elle n’a pas (encore) été entraînée dans le sillage de la dynamique régressive observée ailleurs ?
De même qu’il n’y a plus de monde musulman, il n’y a plus d’Islam unique, il y en a une diversité issus de la pulvérisation de l’Islam originel, des schismes qui l’ont secoué et dénaturé ses idéaux à partir du renversement de Ali par Moawiyya et l’instauration du pouvoir dynastique. Depuis, on a l’islam chiite, l’islam sunnite, l’islam mystique, l’islam réformiste, l’islam moderniste, l’islam salafiste, l’islam asiatique, l’islam noir, l’islam politique, l’islam djihadiste, l’islam takfiriste…
Ceux qui continuent de se voiler la vue pour ne pas voir le problème qui déborde de partout et empoisonne la vie à la planète entière persistent à soutenir que le terrorisme n’a ni religion ni frontières, qu’il est étranger à l’Islam et qu’il ne représente rien par rapport à la masse de musulmans vivant paisiblement. Ce n’est pas vrai. Le fanatisme et le terrorisme sont les produits logiques d’une vision de l’Islam apparue au XIIe siècle et qui a conduit à la décadence par l’abandon de l’effort intellectuel et de là, directement, à la «colonisabilité qui appelle le colonialisme» (Bennabi).
Cette vision, résultat d’une lecture littéraliste d’un Coran à l’envers (je m’expliquerai sur cette expression), a fait son entrée dans la sphère politique dans les années 1920 avec l’apparition des «Frères musulmans» en Egypte et «Jamaât at-tabligh» dans le sous-continent indien dont dérivent tous les courants islamistes actuels, violents ou non. Que l’islamisme et son avatar terroriste soient marginaux ne change rien à la réalité quotidienne des pays qui les subissent. Comme on le sait, quelques centaines de terroristes déterminés suffisent pour mettre un pays sens dessus-dessous pendant des décennies.
En Algérie, nous en sommes à la 22e année de lutte contre le terrorisme et ce n’est pas fini alors que nous pouvons nous targuer de posséder une armée aguerrie.
 L’islamisme est le fils maudit de l’Islam, son «bad boy» ou son Robin des bois, selon le point de vue où on se place, mais c’est son fils et les versets dont il se prévaut proviennent du Coran, d’où le silence embarrassé des «ulémas». Ces versets, on les apprend à l’école, à la mosquée, dans les livres, les documentaires, les films, à la maison, sur internet, dans la rue, partout où vivent des musulmans. Ils ne sont pas chuchotés en secret mais clamés quotidiennement et enseignés ingénument au même titre que le reste des versets du Coran et les autres matières scolaires. Ils sont surtout chirurgicalement sélectionnés, délicatement prélevés par les imams radicalisés dans leurs prêches et les leaders terroristes dans leurs harangues : «Tuez les polythéistes partout où vous les trouvez… Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’infidèles et que la religion soit entièrement à Allah Seul…» (al-Baqara, 193) ; «La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et son messager et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays» (al-Maïda, 33). Pour justifier le terrorisme, des versets où apparaît l’équivalent en arabe du verbe terroriser sont privilégiés : «Et préparez-vous pour lutter contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie afin de terroriser l'ennemi d'Allah et le vôtre…» (al-Anfal, 60) ; «Nous allons jeter la terreur dans les cœurs des mécréants» (al-Imran, 151)… Ces paroles et d’autres, si elles n’étaient pas liées à un contexte historique précis, si elles avaient un sens intemporel comme le prétendent les fanatiques, paraissent en effet terrifiantes.
Il ne faut pas faire mine de les oublier, mais les sortir à la lumière du jour pour en débattre, analyser les problèmes qu’ils posent à la vie internationale et arrêter une position à leur sujet. Ils ne sont pas très nombreux, mais assez cependant pour constituer un arsenal de justifications des actes de barbarie auxquels nous assistons, révulsés. Le tout n’est pas que ces versets existent, il faut expliquer pourquoi, où et quand ils ont été révélés.
Jusqu’à la veille de l’Hégire en 622, soit près de treize ans depuis la descente du premier verset coranique, jusqu’à la révélation de la 87e sourate dans l’ordre chronologique sur un total de 114, on ne trouve pas dans le Coran des exhortations à tuer pour sa religion ou une autre raison, à faire la guerre à quiconque ou à rompre avec les autres religions et communautés humaines, comme il n’est pas encore question de jeûne, d’interdiction du vin, de voile des femmes, d’amputation de la main en cas de vol, de lapidation, de hadj, d’usure, de règles du mariage, du divorce, de la polygamie ou de l’héritage… C’est à partir de cette 87e sourate, al-Baqara (La Vache) qu’il est fait mention de «djihad» et que les prescriptions et les interdictions qui distinguent le rite musulman sont instituées. 86 sourates totalisant 4 613 versets ont été révélées à La Mecque et 28 sourates totalisant 1623 versets à Médine après que le Prophète eut choisi cette ville comme terre d’exil pour échapper à la mort dans sa ville natale, La Mecque.
La marque distinctive des 86 sourates mecquoises est qu’elles ont une portée cosmologique, universelle, spirituelle, morale, philosophique et esthétique alors que le dernier cinquième, révélé à Médine, recèle les versets normatifs relatifs à l’organisation de la nouvelle société, du culte, des relations avec les juifs, les chrétiens et les polythéistes mecquois. Or, ces 86 sourates ont été disséminées, dispersées dans le Coran de sorte qu’elles ont perdu leur enchaînement et leur cohérence.
La première sourate qu’on rencontre en ouvrant le Coran, après les sept lignes constituant la Fatiha (5e dans l’ordre chronologique), est justement al-Baqara.
C’est la première sourate révélée à Médine et la plus longue (286 versets). Le ton et le style changent brusquement à partir de cette 87e sourate, devenant très durs à certains moments. Et c’est sur ces versets que le lecteur du Coran tombe dans les sourates 2, 3, 4, 5, 8 et 9 alors que dans l’ordre chronologique, elles occupent les places 87, 89, 92, 112, 88 et 113. Dans ces sourates Dieu s’adresse à une communauté en particulier qui doit s’identifier par des rites, des règles de vie, une organisation ad hoc et défendre son existence. Les adeptes de la nouvelle religion ont subi pendant plus de douze ans persécutions et exactions à La Mecque sans réagir parce qu’il leur était interdit de recourir à la violence.
Mais maintenant qu’ils sont concentrés en un même endroit, qui plus est dans une ville qu’ils ne connaissent pas, il devient essentiel pour eux de s’organiser, de se défendre contre l’hostilité des Médinois non convertis, des «mounafiqine» (ceux qui font semblant de s’être convertis mais complotent contre l’Islam), des puissantes tribus juives à l’intérieur de la ville et des Mecquois à l’extérieur.
Encore qu’il n’est pas question dans ces versets «durs» d’un appel à la guerre mondiale, au djihad tous azimuts, mais de nettoyer Médine (et plus tard la péninsule arabique) de l’ennemi intérieur et de fortifier la citadelle. Là s’arrêtent le sens et le champ d’application de ces versets.
Le contraire de ces versets existe aussi dans le Coran, en plus grand nombre, et ce sont ces versets qui ont fait la grandeur de l’Islam et sa civilisation et pourront encore le refaire. Ils appellent au respect des autres religions, des autres communautés humaines, dissuadent de se venger et inclinent au pardon : «En vérité, les musulmans, ceux qui pratiquent le judaïsme, les sabéens, les chrétiens, quiconque croit en Dieu, au jour dernier et fait du bien, tous ceux-là trouveront leur récompense auprès de leur Seigneur» (al-Maïda, 69) ; «Nous avons fait descendre la Thora dans laquelle il y a guidance et lumière. C’est sur sa base que les prophètes qui se sont soumis à Allah, ainsi que les rabbins et les docteurs jugent les affaires des juifs» (al-Maïda, 43-44) ; «Nous envoyâmes, à leur suite, Jésus, fils de Marie, pour confirmer ce qui, dans la Thora, avait été antérieurement révélé. Nous lui donnâmes l’Evangile contenant une direction et une lumière» (al-Maïda, 46) ; «Que les chrétiens jugent d’après ce qui est révélé dans l’Evangile !… A chacun de vous nous avons donné une loi et une voie. Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. S’il ne l’a pas fait cependant, c’est pour vous mettre à l’épreuve eu égard à ce qu’il vous a donné» (al-Maïda, 48) ; «Tu te rendras assurément compte que ceux qui sont les plus proches des musulmans par l’amitié sont ceux qui disent : ‘‘Nous sommes chrétiens’’ (al-Maïda, 82) ; ‘‘Avec les juifs et les chrétiens ne discutez que de la manière la plus affable, sauf quand il s’agit de ceux qui commettent des injustices parmi eux. Dites-leur : ‘‘Nous croyons en ce qui nous a été révélé et en ce qui vous a été révélé. Notre Dieu et le Vôtre sont le même Dieu et nous Lui sommes soumis’’ (al-Ankabût, 46) ; «A chaque communauté nous avons assigné un rite sacré auquel elle se conforme» (al-Hadjj, 67) ; «Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité»
(al-Maïda, 2)» ; «Quiconque transgresse contre vous, transgressez contre lui, à transgression égale» (al-Baqara, 194) ; «Et s'ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci toi aussi…» (al-Anfal, 61)… Tous ces versets, excepté ceux de sourate al-Ankabût, sont postérieurs à la 87e sourate. Réformer l’Islam ! Le sujet est d’autant plus sensible que la liberté de pensée n’est plus ce qu’elle était aux premiers temps de l’Islam, quand on pouvait discuter en public de l’essence de Dieu, du Coran créé ou incréé, de la prédestination, de l’interférence de Dieu dans les affaires humaines...
Il y avait plus d’esprit critique, de tolérance et de liberté d’expression au temps des califes omeyyades et abbassides que de nos jours où on peut être mis à mort pour des choses qui passaient pour banales au temps des «mû’tazila», époque où les musulmans ont donné un grand essor à la science et à la technique, tandis que de nos jours, on ne se soucie que du respect des rites sans aucun intérêt pour les sciences et les technologies, abandonnées aux autres.
S’ils ne se résolvent pas à se réformer, s’ils ne réalisent pas les changements nécessaires à leur cohabitation avec les autres peuples du monde, les musulmans ne pourront pas rêver d’un avenir moderne et pacifique parmi les nations. Ils se rapprochent de cet avenir-régression au fur et à mesure que leurs ressources en hydrocarbures s’épuisent. Ils retourneront alors à l’état où les a trouvés l’Islam et le colonialisme. Tous les peuples de toutes les confessions les dépasseront, y compris les anciens animistes qu’aucun frein mental ou culturel n’entrave dans leur marche vers le progrès.
N. B. 

Article publié  in LSA le 24/11/2014
prochain : peut-on réformer l’Islam ?