lundi 6 juin 2016

Il est là le Ramadhan ! Il est là !

Par Malika Boussouf
malikaboussouf@yahoo.fr
Il est des jours comme ça où un Ramadhan chassant l’autre, on se réveille en se demandant comment celui de cette année va se passer par rapport au précédent tout en craignant que, la chaleur aidant, les âmes ne se liquéfient pour sacrifier à l’ambiance rituelle.

Il y a quelques jours, un chauffeur de taxi, fort sympathique celui-là, nous racontait aux trois clientes assises à l’arrière et à moi devant, comment des gens faisant la queue le matin même étaient prêts à s’entretuer pour de la viande. Etant donné la bousculade il a pensé que cette dernière était en promotion. Pas du tout ! Les gens se sont rués dessus juste par crainte que son prix n’augmente à l’approche du mois «sacré». Et pendant que, survoltés, nous échangions à ce propos, le conducteur a hoché la tête avant de se demander à combien, si les prix flambaient, celui du mouton s’élèverait et est-ce que cela valait pour autant la peine d’aller l’acheter fraîche pour ensuite la congeler chez soi. «En tout cas, si c’est pour la stocker dans le congélateur, moi, j’irais carrément l’acheter congelée et moins chère», enchaîna l’une des trois femmes ravie de la tournure que prenait la conversation. «Ah ! non, rétorqua sa voisine, qu’est-ce qui te dit que la viande qu’ils nous ramènent est halal ? Tu les as vus égorger la bête, toi ?» «Je préfère, pour ma part, acheter peu mais le prendre chez le boucher. Les autres jours peut-être, mais pas pendant le Ramadhan», trancha la troisième.
Le chauffeur et moi avons échangé un regard entendu tandis que j’arrivais à destination. Pendant tout le trajet qu’il me restait à finir à pied, je n’ai cessé de me demander pourquoi «les autres jours peut-être, mais pas pendant le Ramadhan» ? N’est-ce pas à toute cette hypocrisie collective que nous devons la faillite mentale dans laquelle les uns et les autres baignent allègrement ? Même le halal et le haram auraient un temps de prédilection. Nous aurons sans doute l’occasion de revenir sur certains travers gratinés qui réapparaissent à chaque fois qu’il est question de donner du sens et de la valeur au détachement et à l’introspection.
M. B.