APS - ALGÉRIE

samedi 9 avril 2016

TROISIÈME JOURNÉE DE GRÈVE DE LA FAIM DES ENSEIGNANTS CONTRACTUELS Un bon moral malgré une situation déplorable

marche des enseignantsCes jeunes enseignants et enseignantes en grève de la faim depuis 3 jours à Boudouaou où les policiers les avaient stoppés, les empêchant d’arriver dans la capitale afin de demander leur intégration, sans condition, dans le corps des enseignants permanents, est un échantillonnage de ce que peut consentir l’Algérien comme efforts et sacrifices quand il est convaincu que la cause qu’il défend est juste et transparente. 



Durant la nuit de mardi, au vu de la situation déplorable, des familles du quartier du Plateau sont venus proposer aux grévistes de prendre en charge les femmes. D’autres ont proposé de mettre à leur disposition des appartements pour les femmes. Celles-ci ont refusé d’abandonner leurs collègues sous la pluie pour se mettre à l’abri. Hier, après avoir passé une dure journée de mardi suivie d’une pénible nuit sous la pluie battante et le froid, les grévistes toujours aussi nombreux entamaient la journée d’hier toute aussi fraîche que pluvieuse, en plus de la faim.
11 jours de protestation, une marche de 8 journées consécutives et 3 jours de grève de la faim n’ont pas entamé leur moral. Hier matin, nous avons même échangé quelques plaisanteries avec certains. Ces hommes et ces femmes restent dignes et ne demandent rien, sinon la solidarité de tous. Après tant d’efforts aux plans physique et moral, aucun dépit ni énervement n’apparait chez eux. Ils restent lucides et toujours aussi déterminés que le premier jour de leur action. Hier, ils ont chanté le premier couplet de Kassamen avant de lancer les activités de la journée. Saïd le coordinateur, fait une brève intervention pour encourager ses compagnons. «Nous sommes ici, non pas pour devenir des patrons, mais tout simplement pour que l’on nous donne le droit de devenir des enseignants afin d’éduquer les enfants de notre pays et pourquoi pas le futur président de la République.» A la mi-journée, le malheureux, complètement épuisé, a été évacué par les éléments de la Protection civile vers un centre de santé de la localité. Par la suite, le collectif des grévistes chanta les slogans d’un riche répertoire régulièrement mis à jour. «Sellal au Hilton, l’enseignant sur le carton !» «Quelle honte ! Un ministère sans le pouvoir de décision !» «Protestation jusqu’à l’intégration !» «Assa azzeka el Idmadj yella yella !» «Algérien nationaliste, je ne tairai jamais sur mes droits !»

Solidarité et spontanéité
Hier matin, alors que nous discutions, sous la pluie avec des grévistes, un jeune d’une vingtaine d’années fit une intrusion dans le petit groupe. Après une brève salutation, il posa la question adressée à tout le monde. «Est-ce que quelqu’un n’a pas de veste pour se couvrir et se tenir au chaud.» Tout le monde se regarda. Puis le jeune enleva son beau blouson et le remis à un gréviste avant de repartir. Il y a lieu de noter quelques gestes des habitants de Boudouaou qui ont fait don de couvertures et matelas permettant aux femmes de se reposer. Dans le domaine de la solidarité, signalons la présence, à chaque instant auprès de grévistes, du député Khaled Tazaghart.
Les membres du Bureau de la wilaya de Boumerdès du Cnapest, sont présents tous les jours, depuis l’arrivée des grévistes samedi après-midi à Ammal, à l’entrée est de la wilaya de Boumerdès. Ces derniers sont efficaces pour aider, dans le secteur de la logistique, les marcheurs devenus par la suite des grévistes.
Le représentant du CLA est également présent depuis le premier jour. Contrairement à ce que l’on voulait faire admettre, aucun syndicat n’a tenté de récupérer ce mouvement. L’affirmer, c’est insulter l’intelligence de ces enseignants qui veillent farouchement à protéger leur protestation. Ils ne refusent le soutien de personne, même de ceux qui tentent de faire de la récupération, mais ils ne s’alignent sur aucune tendance syndicale ou politique.
Abachi L.
LE CROISSANT ROUGE AUX ABONNÉS ABSENTS
La solidarité institutionnelle, quelle hypocrisie !

Mardi après-midi, alors qu’il tombait des trombes sur les enseignants grévistes de la faim de Boudouaou, Djamel et quelques grévistes ont fait appel au responsable de la commune de Si Mustapha du Croissant rouge algérien (CRA) que préside, au plan national, madame Benhabylès. Les grévistes ont demandé à ce responsable de Si Mustapha une tente et des couvertures afin de mettre à l’abri les femmes grévistes. «Je l’ai appelé deux fois il m’a affirmé qu’il demandera d’abord, l’autorisation du bureau de wilaya de Boumerdès.
Au troisième appel, vers 20 heures, il m’a affirmé que les hautes autorités se sont opposées à cette aide. J’ai compris qu’il s’agissait des autorités civiles», nous a affirmé Djamel. Le lendemain — mercredi — nous avons pris contact avec ce responsable de Si Mustapha. Il a refusé de répondre à notre question ou de nous indiquer le numéro du président du bureau de la wilaya de Boumerdés.
Par ailleurs, il n’a pas démenti l’affirmation de Djamel sur le refus des hautes autorités d’aider les grévistes. Cette affaire nous amène à poser des questions sur la solidarité institutionnelle pour laquelle on mobilise à chaque fois les médias officiels. Le P/APC (FLN) de la ville de Boudouaou et son vice-président (PLJ) ne savaient-ils pas que des centaines d’Algériens venus des quatre coins du pays qui se dirigeaient vers la capitale et qui ont été stoppés par les services de sécurité vivent, jour et nuit, sans aucun moyen dans une totale précarité sous la pluie ?
La même question est adressée à la wali de Boumerdès qui administre le territoire de toute la wilaya. On peut également inclure dans le lot les supposés représentants du peuple, membres de l’APW, députés et sénateurs. La réponse est toute trouvée. Ils et elle ont fait abstraction de leur devoir de faire l’effort pour protéger leurs administrés car ces compatriotes, venus de l’Algérie profonde, une fois arrivés dans le territoire de Boumerdès deviennent leurs administrés. Ces responsables n’ont rien fait, craignant de commettre un crime de lèse-majesté estimant que leur carrière en dépendait. En effet, ces compatriotes, venus de l’Algérie profonde, de surcroît des fonctionnaires de l’Etat algérien, ont osé élever la voix vers le sommet de l’Etat pour formuler, pacifiquement, une revendication. Sont-ils, dès lors, considérés comme des parias à bannir de la
société ? N’oublions pas dans cette affaire, les médecins de la région. Ne savent-ils pas qu’un humain normal qui fait une marche de 40 kilomètres chaque jour pendant une semaine, de plus, durant tout ce temps, mange et dort mal, subit des dégâts particulièrement aux membres inferieurs ? Nous n’avons vu aucune blouse blanche venir accomplir un geste de solidarité et s’enquérir de la santé de ces femmes et de ces hommes ou se pencher sur le cas de Fella qui, malgré le risque d’amputation du pied — blessée lors d’une charge policière à Alger — préfère continuer le combat avec ses collègues. C’est bien dommage.
En tout cas, la wilaya de Boumerdès ne sort pas grandie de cette marche du courage et du sacrifice pour une conviction citoyenne et la réclamation d’un droit.