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dimanche 10 avril 2016

Cas d'école

Par MONCEF WAFI

La marche de la dignité entreprise depuis plus d'une semaine par plusieurs centaines d'enseignants con-tractuels et vacataires au départ de Béjaïa s'est arrêtée aux portes d'Alger, empêchée de passer par les services de sécurité. Les contestataires qui ont gagné, en cours de route, la sympathie populaire ont opté pour une grève de la faim refusant le compromis de Benghebrit. Au-delà de l'aspect légal des revendications socioprofessionnelles des enseignants et de la position fortifiée de la ministre, on est devant un cas d'école du règlement des conflits en Algérie. Si la tutelle se défend de n'appliquer que la loi, les enseignants eux ont le droit de dénoncer une situation d'immobilisme qui les a conduits aujourd'hui à avaler des centaines de kilomètres pour qu'on règle leur cas.

Le problème de la vacation n'est pas né d'hier et Benghebrit aurait dû, avant de «légiférer», le solutionner. Est-ce la faute de ces milliers d'enseignants d'avoir ce statut ? Non, à leur demander, ils auraient tous voulu être permanisés au sortir de l'université. Le dialogue aurait dû être établi en amont pour essayer de trouver un compromis acceptable pour les deux parties et ne pas laisser les choses pourrir comme c'est le cas chez nous. Une fuite en avant érigée en véritable mode de gouvernance. Enfin, naïfs sont ces enseignants qui ont cru un moment qu'ils pouvaient entrer à Alger pour manifester. Même si les syndicats et les associations nationales des droits de l'homme s'offusquent, l'interdiction de manifester en Algérie et plus particulièrement au cœur du système est irrévocable. On est loin des discours lénifiants des ministres en promotion de la nouvelle Constitution.

Ahmed Ouyahia, et sur ce chapitre, louait le nouveau «doustour» qui consacre, selon ses concepteurs, toutes les libertés, y compris celle de manifester pacifiquement. Il ira jusqu'à affirmer que toutes les manifestations n'ont jamais été interdites. Pourtant, la réalité est tout autre puisque nombreux sont les marches et sit-in «pacifiques» qui ont été dispersés à coups de matraque. Dans son rapport de 2015 sur la situation des droits de l'homme en Algérie, Amnesty International dénonçait entre autres l'interdiction des manifestations pacifiques et son corolaire l'arrestation des militants.

Le régime algérien ne permettra jamais un remake de Taksim ou Tahrir à Alger et pour cela il est capable de laisser pourrir des Algériens aux portes de la capitale. Une politique dangereuse dans la mesure où plus le mouvement des enseignants dure plus il aura une incidence plus importante. Le régime qui se méfie des symboles devra certainement réagir et ordre sera donné à Benghebrit de revoir sa copie. Mais quelle que soit l'issue, le plus grand perdant dans cette histoire reste la justice sociale. 

IN lequotidien-oran